• Macron-léon le Petit Marché

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 17 septembre 2018.


    Z’avez dû entendre comme moi la dernière : Macron-léon le petit a décidé de faire boutiquier et de vendre des t-shirts marqués «croquignolesque» ou «poudre de perlimpimpin» en rouge sur fond blanc, mais attention : par le Slip Français, parce qu’on consomme patriote et viril, à l’Elysée.

    J’entends déjà les «ouiiiii, mais la Maison Blanche aussi a une boutique de goodies, et puis Sarko l’avait déjà fait». C’est très juste, si ce n’est que Obama ne s’est jamais transformé en mannequin pour les gadgets souvenirs de la présidence, que des mugs avec des tronches de chef d’état, je n’avais vu cela qu’en satire ou en Grande-Bretagne – ce qui revient au même, mais aussi qu’ailleurs, c’est vendu au kiosque souvenir, pas par correspondance via un site qui t’abonne direct à la newsletter de l’Elysée (avec tout le potentiel de communication directe, aka, propagande, liée bien sûr à la récolte de données personnelles. Pire que cela, c’est pas Macron-léon, à l’heure de ses plus rêves impériaux, quand il flottait dans les hauteurs jupitériennes, qui voulait resacraliser les symboles de la France ? Ce n’est pas lui qui corrigeait un jeune impertinent sur la bonne manière de s’adresser avec respect à un président, fier représentant de la nation ? Comprenez, les anglo-saxons, ils sont protestants d’abord. Alors le commerce, le pognon, c’est une vertu, la preuve concrète de l’élection divine, la baraka, si vous préférez. Mais les français, c’est de catholicisme qu’ils sont imprégnés. Et là, faire commerce des choses saintes, des reliques, des symboles, du sacré, ça a un nom : la simonie. Et c’est exactement ce que fait Macron, puisqu’il sait les symboles, veut les renforcer, pour mieux les vendre 250 € en or 14 carats le bracelet liberté, ou égalité, ou alech la – on n’en est plus à une ironie près, fraternité. Ça doit bien faire rigoler les guyanais, qui voient venir le cyanure et la déforestation quand le projet «Montagne d’or» aboutira et permettra d’extraire l’or qui servira de base à ce fameux bracelet… dont l’Elysée nous dit, en prime, qu’elle gagne fort peu dessus, à peine de quoi refaire la déco, quand c’est pas les français qui raquent encore pour gratter les monuments nationaux. Vu les prix, les fournisseurs vont s’engraisser… Avec qui sous la table pour récolter de substantielles miettes de marché public ?

    Et ce que Macron fait des symboles symboliquement, si je puis dire, à coup de porte-clés Elysée ou de mugs Première Dame avec Bribri, qui n’en peux plus d’avoir sur le tard, et une carrière de muse et d’actrice de sit-com, il le fait tout aussi bien de manière très concrète avec ce qui faisait la France dans son plein rayonnement : la santé, l’éducation, la solidarité sociale. Tenez, je viens de recevoir un très intéressant courrier d’une certaine Samantha Cazebonne, député des français hors de France d’une autre circonscription, qui semble-t-il, lance une consultation générale sur l’enseignement français à l’étranger, dans le cadre d’une mission interministérielle de réforme. Suivait un lien pour répondre sur mes attentes en tant que parente, élève, ancienne élève ou enseignante de l’AEFE, ou même parent d’enfant non dans le réseau ou même ben, le facteur, si tu veux. Mais là, tu ne réponds pas au même questionnaire. Alors, je vous passe le QCM tellement biaisé que tu sais, en répondant, que rien ne correspond et que ton à-peu-près se retournera contre toi.

    Mais le plus intéressant se trouve à la fin. En une question, on te demande, quand tu es parent, si tu serais favorable à des contrats de partenariat avec l’enseignement public ou privé local pour créer des classes en double diplomation, locale, bac français, sur le modèle d’accords exclusivement européens, tandis que dans le questionnaire enseignant, on demande seulement si l’on serait favorable à des partenariats avec l’enseignement public ou privé local pour créer des classes en français ne donnant pas accès aux diplômes de l’état. Et alors là, je me demande, qui c’est que l’on manipule ? Les profs pour qu’ils disent oui, quitte à changer le statut des diplômes une fois en place ou bien les parents pour qu’ils disent oui, quitte à les laisser avec une pauvre classe en français sans débouché ni avenir ? Probablement un peu des deux, fonction des pays, des cas. Quoi qu’il en soit, vous êtes priés de répondre oui, c’est assez clair dans l’énoncé. Et bien sûr, cela sera privé ET cher ET c’est comme ça. De toute façon, on a 15 jours pour répondre, avant qu’une synthèse ne soit écrite et présentée avec un rapport d’action pour la réforme d’ici la fin de l’année calendaire, autant dire qu’il est déjà écrit et que même les stagiaires qui l’ont tapé ne l’ont pas vraiment lu.

    Le problème de Macron, et ce pourquoi il restera toujours petit, c’est de ne pas comprendre que ses valeurs n’en sont pas et que les français, pour veaux qu’ils soient parfois, savent bien le mépris qu’il y a à ménager la chèvre et le veau d’or sur l’autel du même sacrifice. Jusqu’où monnayera-t-on le réel ?

  • La sociologie du petit pain

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 10 septembre 2018.


    En France, on s’est bien marré ces derniers mois à propos des petits pains. L’assemblée nationale a même dû débattre d’un sujet capital, faut-il ou non adopter un «amendement chocolatine» pour protéger cette appellation régionale de la prédation du terrible «pain au chocolat» qui domine Paris – et partant, les médias et l’usage courant. Oui, ça ne paraît pas très sérieux, cette affaire. Et pourtant, cela m’a amené à une réflexion intéressante. Au Maroc, côté appellation, ça va, généralement on dit ptit pain, là n’est pas le problème, on ne s’offusque pas des variations régionales ou dialectales. Par contre, la réalité derrière le petit pain n’a rien à voir d’un quartier à l’autre de la même ville. Un petit pain, c’est 1 MAD dans une boulangerie normale, mais entre 9 et 12 dans une de celle des beaux quartiers. Un petit pain, c’est un petit pain, pourtant, ils n’ont ni le même goût, ni la même échelle de valeur. Ils servent exactement le même propos : un petit déjeuner, un goûter d’enfant qu’on achète à la sortie d’école, sans trop y penser, un petit bonus quotidien, ou qui peut l’être. Mais un même produit, dont le prix va de 1 à 12, parfois d’une rue à l’autre, comment voulez-vous ? C’est fou, quand on y réfléchit… Non ?

    Comment voulez-vous que les gens communiquent quand ils pensent avoir les mêmes mots, les mêmes usages pour les choses, mais pas la même échelle de valeur ? Quand ces concepts, ces besoins sont couverts par des paradigmes qui n’ont rien à voir et ne se croisent pas ? Et ce qui est valable des petits pains l’est de tout : l’école, la maison, les loisirs, le rapport à l’extérieur… Tenez, un des mèmes de la rentrée qui a le plus de succès sur FB ces derniers temps, c’est Rentrée scolaire : deux photos comparatives, l’une d’une classe normale avec des enfants beaux, propres et sûrs d’eux qui lèvent la main marquée au Maroc et l’autre, d’une classe pourrie avec une myriade d’enfants sales marquée al Maghrib.

    On utilise les mêmes mots pour les choses, mais elles n’ont rien à voir. Le beurre de l’un est de la margarine et le miel, du sirop de glucose. Le Maroc pauvre des villes mange nominément comme les riches, et pourtant, les aliments n’appartiennent parfois même pas à la même famille. Et dans cette classe sociale hybride, totalement détachée de la réalité quotidienne de l’écrasante majorité des marocains qu’est la bourgeoisie émergeante, on parvient à être grave fauché tous les mois à coup de petits pains à 12 MAD et de restaus à 700. On rêve parfois tellement d’ailleurs que le luxe devient d’acheter tout fait et à monter soi-même, tandis qu’ailleurs mais juste ici, avec le prix d’un lit en contreplaqué, on fait tout un salon.

    Tout le monde sait cela, mais personne ne s’attarde dessus. Pourtant, l’histoire, dans d’autres pays et parfois d’autres temps, a démontré que ces différences-là étaient graves. C’est qu’il y a un être au monde que l’on achète avec son petit pain, et ce n’est pas le même. Ceux à 12 MAD, c’est de la réussite et du glamour en barre de vrai chocolat fondu dans le beurre, ceux à 1 MAD, c’est… la proximité, le quotidien, le solide. Tous ces petits commerces-là sont tenus par des barbus plutôt ouverts, honnêtes qui font crédit. Et, tandis que nous sommes très heureux de nous afficher en villas salon de thé, l’autre Maroc, celui du sirop de glucose et du raïb mangé au comptoir apprend au quotidien comment une vie simple et sobre, morale, pourrait changer le monde. Que les excès dont on est témoins tous les jours vraiment n’ont plus de limite. Et qu’il s’agisse de montres à des millions ou de petits pains au prix d’un tajine, vraiment, ces gens sont fous. L’amertume est un goût acquis dans le luxe ou l’extrême frustration : là encore, un même mot, deux réalités; une même viennoiserie, si différente. Si nous sommes à l’ère de la communication, avec Internet comme justicier et caisse de résonnance des frustrations, nos discours naissent dans le pain quotidien, que nous ne rompons plus et que d’autres préparent, depuis longtemps, déjà.

  • A tale of riches and rags

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 3 septembre 2018.


    Il y a un mois, pour la dernière de la saison, je vous parlais de la nécessité de déconnecter et de renouer avec la tendresse et la chaleur humaine. Bon, clairement, tout le monde ne m’a pas entendu, parce que les nouvelles du monde comme dial bled se sont succédées en rafales de violence et d’incompréhension. Mais j’ai essayé de déconnecter, je vous jure. J’étais à Mirleft, petite commune du Souss-Massa. C’est un village de pêcheur qui vit beaucoup du tourisme, l’hiver pour le surf, l’été pour la baignade, une région magnifique, encore partiellement sauvage, des montagnes, la plage, le désert pas bien loin… Un coin sympa. Mais là, nul besoin de lire la presse pour comprendre que les femmes qui veulent nager ne sont pas bienvenues. Elles campent, font un barbeuk ou un tajine sous la tente et elles restent couvertes. Les plus libérées se baignent habillées. J’en ai vu une qui jouait au foot (plutôt bien, d’ailleurs) en burqa. La majorité des touristes sont des MRE, ils sont peu nombreux cette année, mais leur intolérance est une clameur, soutenue par les rigoristes de Tiznit et de ces environs où les jupes des filles provoquent des émeutes au souk.

    J’étais à Tiznit, et j’étais étonnée de voir pas moins de 35 stations services de compétition, niveau truc américain, sur la seule section de route reliant Tiznit à Agadir. Et seulement 4 stations services sur toute l’autoroute entre Chichaoua et Casablanca. J’étais étonnée d’y voir tellement de panneaux de signalisation des deux côtés de la route que j’en étais perturbée pour conduire. J’en ai compté 22 sur un rond point, rien que sur ma voie. Des exploitations agricoles gigantesques, des épiceries débordant de marchandises en colonnes de 50 kg de farine sur les trottoirs, collées les unes aux autres. Par contre, un seul hôpital, qui vire un pédiatre trop zélé et le fait condamner. Faut pas trop en demander, c’est officiellement la région la plus pauvre du Maroc, ou pas loin.

    J’étais à Guelmim, et j’étais stupéfaite de voir l’absolue opulence d’une ville qui ne vit que de l’armée et de la Minurso… Mais du coup, j’ai compris pour Tiznit.

    Le Maroc, je l’ai vu cette année comme jamais. Peut-être ais-je ouvert les yeux, peut-être a-t-il autant changé qu’il me le semble. Mais quand, à la rentrée, j’ai vu :

    – des gens commencer à se filmer en train de se rendre justice eux-même, je n’ai pas été surprise.

    – Des gens se demander comment on va financer un an d’armée aux braves gosses, justement ceux qui ne sont pas tcharmils, alors qu’on vient de faire cadeau aux entreprises d’un peu plus du quart de nos recettes fiscales, franchement, je n’ai pas été étonnée.

    – des gens s’indigner du fait que le prix d’une toilette publique à Casablanca suffirait à acheter deux logements sociaux et une voiture, voire s’interroger sur le niveau exact d’étude qu’il faudra aux usagers pour utiliser cette nouvelle technologie de pointe, je n’ai pas été stupéfaite. J’ai musé au prix d’un panneau et je me suis dit que même ailleurs, je n’étais pas vraiment loin de vous. Bienvenue dans la nouvelle saison !

  • Rêver d’été

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 20 juillet 2018.


    « Quand à peine un nuage,

    Flocon de laine, nage

    Dans les champs du ciel bleu,

    Et que la moisson mûre,

    Sans vagues ni murmure,

    Dort sous le ciel en feu

    […]

    Qu’il fait bon ne rien faire,

    Libre de toute affaire,

    Libre de tous soucis,

    Et sur la mousse tendre

    Nonchalamment s’étendre,

    Ou demeurer assis »

    Cela, c’est Théophile Gauthier, qui l’a dit. Ça date, mais pour combien d’entre nous est-ce bien d’actualité ? La responsabilité de la dernière chronique de l’année m’incombe. Lourde tâche ! J’aurais pu lister, une fois encore, toutes les raisons de s’inquiéter, elles sont nombreuses, en interne et en international. J’aurais pu faire un point global de géopolitique. Dieu sait qu’il y a à raconter sur le sujet ! Là encore, d’ailleurs, le Maroc est intéressant. Et puis cette année, faut dire qu’on n’a pas eu la trêve des confiseurs : pim, Trump fait des siennes; pam, l’UE délibère sur le sort de millions de migrants; poum, le Moyen-Orient n’en finit pas de dégénérer. Gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche, d’une horreur à la bêtise suivante, pas le temps de respirer. Mais franchement, y’en a marre ! Je veux dire, Théophile, ‘l’avait raison : y’a des saisons pour tout. L’hiver, on hiberne doucement, on se prépare à la renaissance. Le printemps, on est plein de sève et d’énergie pour faire, mais l’été… L’été, on veut…

    « s’écouter vivre,

    Et feuilleter un livre,

    Et rêver au passé

    En évoquant les ombres,

    Ou riantes ou sombres,

    D’un long rêve effacé,

    Et battre la campagne,

    Et bâtir en Espagne

    De magiques châteaux,

    Créer un nouveau monde »

    Et je sais que, pendant ce temps, sûrement, des mesures seront prises que l’on découvrira en septembre, et qui nous rendront atones de catastrophe. Je le sais, parce que c’est toujours comme ça, y’a qu’à voir toutes les réformes qui sont passées en France dans l’effervescence du Mondial. Je sais qu’en prime, en cette époque troublée, les choses vont vite. On se dit qu’on va perdre le fil d’une actu qui nous dépasse, et en même temps, on n’en peut plus. Je veux dire, comment survivre au quotidien en surfant d’une gamine arrêtée pour homosexualité à des impolitesses aberrantes de chef d’état orange vif ? Tout est heurtant, pénible, glauque, même. Mais on ne peut pas changer le monde aveuglé par la haine, dégouté, meurtri, amer. Il nous faut nous régénérer et vivre, oui, juste vivre. Sentir le soleil sur notre peau et nous souvenir que le principal est là : nous respirons, nous aimons, nous existons. Alors arrêtons. L’actu, Facebook, toussa. Coupons avec l’angoisse, rompons les amarres. Ainsi, de l’autre côté du soleil, quand il sera temps de s’affairer, dans l’urgence d’une rentrée bousculée, je serais là et vous aussi, pour analyser, tenter de comprendre, décrypter, s’indigner, s’engager, s’émouvoir et imaginer, peut-être, d’autres possibles. Bonnes vacances !

  • Ironie soit qui mal y pense

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 6 juillet 2018.


    Je vous jure que j’essaie de ne pas vous prédire l’apocalypse chaque vendredi. Je fais des efforts, je me dis, les pluies de grenouilles ne sont plus de saison, faut sortir les maillots, de foot ou de bain, c’est selon l’heure et l’humeur, mais dans tous les cas, bah, pour ceux qui ne sont pas à l’ombre, le soleil brille. Mawazine n’a pas été boycotté, les gens commencent à se calmer et franchement, au bord de la piscine, qui se préoccupe encore de la marque de l’eau ? Bref, je comprends, je sais, c’est bientôt les vacances mais…

    A Dachau, les gens sont comme partout, vous savez. Des braves types, qui ont élus surtout des pragmatiques, des qui rendent les parterres jolis et puis qui font ce qu’il faut de travaux publics pour que la ville prospère mais que ce ne soit pas trop pénible. A Dachau, évidemment, on est un peu plus face à son histoire qu’ailleurs. Mais pas tellement, vous savez. Depuis qu’il s’agit d’un patrimoine, il est lourd à porter, l’héritage. Ça fait partie des attractions touristiques, mais enfin… Bref, on s’habitue à tout. Et pis v’la-t-y pas qu’on nous colle 350 migrants à loger… Dans une ville en plein boom ! Comment voulez-vous ? Fallait trouver une solution. Comme le dit si bien Florian Hartmann, le maire de la ville, les réfugiés ne peuvent pas «avoir des appartements aux tarifs du marché». Alors on les a mis là où il y avait de la place. Des bâtiments déjà construit pour accueillir en grand nombre, bien restaurés, disponibles… Parfaits, non ? Et puis comme disent les anglais, beggers can’t be choosers, un adage bien compris par le seul migrant interrogé sur la question et dont la réponse est reproduite fidèlement dans chaque article que j’ai lu, en français, en anglais, en allemand sur la question, Ashkan, afghan de 22 ans, «j’avais surtout besoin d’un toit au-dessus de la tête». Alors, la question à 100 dirhams, maintenant. Où les a-t-on mis, à votre avis ?

    A Dachau, on a logé 350 migrants dans le camp de concentration éponyme. En 2018, un maire, nommé Florian Hartmann, et qui mérite bien son nom, puisqu’il signifie littéralement «homme dur», ne voit pas le souci à loger 350 étrangers en attente d’être pris en charge par l’administration dans un camp de concentration, de torture et de mort. C’est un problème pragmatique, à la solution pragmatique, yekk ? Triple buse ! C’est ça, la caractéristique de la modernité ! L’esclavage, la colonisation et… Oui, et Dachau. La solution finale était surtout administrative. Efficace, productive, rationnelle, rentable, même. Elle était en tous points ISO quelque chose question gestion et même, oui même transparence. Que les gens n’aient pas vu n’y change rien, c’était là et ça ne s’en cachait pas. Comme aujourd’hui.

    Ahhh, n’allez pas crier au point Godwin, là on est en plein dedans, c’est Dachau, je veux dire, c’est écrit dessus. Alors je veux bien croire que le maire n’y ait pas vu le mal, allant jusqu’à préciser, le bon, qu’on les a mis sur le parvis, pas dans les bâtiments eux-mêmes, comme si être côté cour ou côté jardin changeait la donne. Décidément, l’imbécilité des incompétents n’a pas de limite. Pendant ce temps-là, les symboles, c’est pas de la gnognote, ça compte. C’est même comme ça qu’on comprend le monde et surtout, qu’on le CO-MMU-NIQUE ! Le langage est symbole, notre pensée ne s’exprime qu’en symboles et quand on voit un symbole, on le comprend. Instinctivement. Si, si, je vous jure. Le sentiment de révérence que vous ressentez à entrer dans un lieu de culte d’une autre religion, à laquelle vous n’adhérez en rien ? Voilà, c’est ça. Ben on piétine pas les symboles sans conséquences, mes amis. Quand la France laïque a commencé à le faire des symboles religieux, toutes les religions, surtout la catholique sont entrés en guerre, souterraine mais présente. Un siècle après, la guerre se poursuit, sous d’autres voiles et les symboles reviennent, parce que c’est comme ça, on n’efface pas les symboles, jamais. Et si le camp de Dachau n’est pas religieux, il est le symbole ultime de l’échec amer et désastreux de cette modernité qui n’en finit pas de mourir et qui nous la rejoue, encore une fois, sur l’air du bon petit tehnocrate-bureaucrate dont la mort est le métier mais qui aime bien son chien.