A tale of riches and rags

Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 3 septembre 2018.


Il y a un mois, pour la dernière de la saison, je vous parlais de la nécessité de déconnecter et de renouer avec la tendresse et la chaleur humaine. Bon, clairement, tout le monde ne m’a pas entendu, parce que les nouvelles du monde comme dial bled se sont succédées en rafales de violence et d’incompréhension. Mais j’ai essayé de déconnecter, je vous jure. J’étais à Mirleft, petite commune du Souss-Massa. C’est un village de pêcheur qui vit beaucoup du tourisme, l’hiver pour le surf, l’été pour la baignade, une région magnifique, encore partiellement sauvage, des montagnes, la plage, le désert pas bien loin… Un coin sympa. Mais là, nul besoin de lire la presse pour comprendre que les femmes qui veulent nager ne sont pas bienvenues. Elles campent, font un barbeuk ou un tajine sous la tente et elles restent couvertes. Les plus libérées se baignent habillées. J’en ai vu une qui jouait au foot (plutôt bien, d’ailleurs) en burqa. La majorité des touristes sont des MRE, ils sont peu nombreux cette année, mais leur intolérance est une clameur, soutenue par les rigoristes de Tiznit et de ces environs où les jupes des filles provoquent des émeutes au souk.

J’étais à Tiznit, et j’étais étonnée de voir pas moins de 35 stations services de compétition, niveau truc américain, sur la seule section de route reliant Tiznit à Agadir. Et seulement 4 stations services sur toute l’autoroute entre Chichaoua et Casablanca. J’étais étonnée d’y voir tellement de panneaux de signalisation des deux côtés de la route que j’en étais perturbée pour conduire. J’en ai compté 22 sur un rond point, rien que sur ma voie. Des exploitations agricoles gigantesques, des épiceries débordant de marchandises en colonnes de 50 kg de farine sur les trottoirs, collées les unes aux autres. Par contre, un seul hôpital, qui vire un pédiatre trop zélé et le fait condamner. Faut pas trop en demander, c’est officiellement la région la plus pauvre du Maroc, ou pas loin.

J’étais à Guelmim, et j’étais stupéfaite de voir l’absolue opulence d’une ville qui ne vit que de l’armée et de la Minurso… Mais du coup, j’ai compris pour Tiznit.

Le Maroc, je l’ai vu cette année comme jamais. Peut-être ais-je ouvert les yeux, peut-être a-t-il autant changé qu’il me le semble. Mais quand, à la rentrée, j’ai vu :

– des gens commencer à se filmer en train de se rendre justice eux-même, je n’ai pas été surprise.

– Des gens se demander comment on va financer un an d’armée aux braves gosses, justement ceux qui ne sont pas tcharmils, alors qu’on vient de faire cadeau aux entreprises d’un peu plus du quart de nos recettes fiscales, franchement, je n’ai pas été étonnée.

– des gens s’indigner du fait que le prix d’une toilette publique à Casablanca suffirait à acheter deux logements sociaux et une voiture, voire s’interroger sur le niveau exact d’étude qu’il faudra aux usagers pour utiliser cette nouvelle technologie de pointe, je n’ai pas été stupéfaite. J’ai musé au prix d’un panneau et je me suis dit que même ailleurs, je n’étais pas vraiment loin de vous. Bienvenue dans la nouvelle saison !