• La bisounoursie est un sport de combat

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 8 septembre 2017.

    Publication originale sur Luxe Radio


    Ah… ça faisait longtemps ! Alors, pour cette première chronique d’une toute nouvelle série du « Monde des Bisounours », et si nous redéfinissions un peu les termes, voulez-vous ? On m’appelle Bisounours et j’ai décidé d’endosser ce surnom il y a bien longtemps déjà. Non pas que je ne sache pas la dimension de raillerie, parfois tendre, parfois moins, qui se cache derrière ce qui n’est, soyons clairs, guère plus qu’une accusation de naïveté et d’idéalisme béat, mais parce que j’estime qu’il est possible d’être sérieux, réaliste, d’analyser et voir le monde dans toutes ses dimensions parfois cruelles, sans pour autant perdre espoir.
    Certes, il arrive souvent, à voir l’actualité, que l’on puisse se sentir submergés par le pessimisme. Entre les affaires de bus, d’ânesse, de manifestations dans le nord, de gamins en prison, d’autres en tcharmil, de terrorisme ici et de racrapotage religieux, idéologique, nationaliste ou autre, c’est sûr qu’on a vu meilleures périodes pour rêver.
    Mais pour autant, en vérité, en vérité, je vous le dis, il n’y a pas plus de vertus de réalisme à se montrer cynique qu’engagé. Et l’engagement humaniste n’est pas, contrairement à ce que l’on voudrait vous faire croire, naïveté ou droit-de-l’hommisme délétère. Voir en l’humain son frère, même quand on en a peur, n’est pas manquer de sérieux, c’est un sport de combat. Et au-delà de tout, c’est refuser d’être un champignon.
    Oui, un champignon, dans le sens du Petit Prince, qui se fâche, à juste titre, quand on lui dit qu’on est sérieux alors qu’on ne sait plus aimer. «Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi [dit-il]. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi: » Je suis un homme sérieux! Je suis un homme sérieux! » et ça le fait gonfler d’orgueil. Mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon! » Voilà, un champignon, dans ce sens-là.
    Pourtant, je vous l’ai dit, je ne suis pas une illuminée, je ne suis pas là pour vous vendre qu’à coup de développement personnel ou de drogue, le monde sera plus facile. Non, la bisounoursie, c’est le contraire de l’ignorance et c’est du travail. C’est un engagement. C’est reconnaître, avant toute chose, que lorsque le monde semble nous échapper, il ne s’agit que d’une illusion et parfois d’une excuse trop facile, un dédouanement de ce qui se produit et qui nous déplaît. C’est, sans doute, ces gens dans le bus qui n’interviennent pas, ces parents d’une jeune fille vulnérable qui ne prennent pas en compte sa parole, parce qu’elle est handicapée mentale et que peut-on bien faire, je vous le demande ?
    Ce sont tous ces gens témoins, parfois complices silencieux de crimes, d’horreurs, d’injustice ou tout simplement de ce sentiment de plus en plus généralisé de méfiance et oui, il faut bien le dire, de haine, qui ne font rien pour changer les choses. Il faudrait parfois si peu, pourtant. Pas pour changer tout, non. Juste pour changer un peu, et puis un peu encore. Arrêter le bus et dire : mais qu’est-ce qu’il se passe, ici ? Ne pas rire à une blague raciste, sexiste, homophobe. Sourire à la caissière. Etre polis. Créer du lien et résister, un geste fraternel à la fois, à cette vague déshumanisante qui vous fait sentir impuissant, négligeable, insignifiant dans la marche d’un monde de glace et de sang.
    « Je hais les indifférents », disait en son temps Antonio Gramsci. « L’indifférence, c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient les enthousiasmes les plus resplendissants. » Vas, je ne te hais point, khouya, car je le sais bien, qu’il n’y a pas d’indifférents.
    Il n’y a que des apeurés, des découragés, des dévitalisés à force de fermer les yeux. Mais même alors que le Maroc, ce pays dont j’admirais la capacité extraordinaire à espérer en l’avenir semble perdre son chemin, un mouton vert de rage après l’autre, je te le dis : tous les jours, des gens s’engagent pour faire que demain soit plus beau qu’aujourd’hui. Et le pire n’est pas plus certain que le meilleur. Engagez-vous, avec un peu de chance, vous verrez du pays !

  • La RSE est-elle une démission de l’état?

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 1 juillet 2016.

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    Et ce matin dans le Monde des Bisounours, j’ai envie de vous parler de RSE, vous savez, la fameuse Responsabilité Sociale des Entreprises. Eh oui, c’est que l’entreprise est devenue le cœur de la société. Pas les individus, encore moins les groupes sociaux, non. L’entreprise. Modèle idéal de gouvernance dont on veut imposer l’efficience et la rationalité supposées même à l’état, l’entreprise est parée de toutes les vertus de la productivité et de la réactivité économique et politique du monde. Ne manque qu’un point, qui est pourtant essentiel pour aller jusqu’au bout de ce paradigme la mettant au cœur de nos valeurs : une dimension sociale qui nous permette d’associer à l’entreprise la portée morale nécessaire pour en faire un modèle total. Et pour cela, nous avons la RSE.
    Alors évidemment, si vous êtes, comme moi, un Bisounours échaudé, vous vous dites sans doute que dans bien des cas, ce que l’on appelle de la RSE n’est guère plus que du vent. Et forcément, vous n’aurez pas intégralement tort. Mais pas non plus intégralement raison car de fait, la RSE s’implémente de plus en plus et se réglemente, aussi. C’est justement d’un de ces points de réglementation dont j’aimerais vous parler. Figurez-vous qu’au bulletin officiel marocain du 02 juin 2016 est paru le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux. Vous me direz, mais que voilà un sujet pas du tout fascinant ! Vous n’aurez pas forcément tort, si, comme moi, vous n’êtes pas appelés à répondre à des appels d’offres de travaux pour l’état marocain. On y parle de l’attribution des marchés de travaux, des obligations contractuelles des parties, de l’organisation des chantiers et même des mesures écologiques à respecter. Mais pas que. L’article 35 de ce cahier de clauses administratives est tout à fait fascinant. Jugez-en plutôt : intitulé Action de Formation et d’alphabétisation dans les chantiers, il stipule la chose suivante et sur ce coup, je vais le citer in extenso.
    « Lorsque le délai d’exécution du marché est inférieur à 18 mois, l’entrepreneur peut, à titre bénévole et à sa charge, assurer au profit de ses ouvriers, des séances de formation et d’alphabétisation dans des locaux à l’intérieur du chantier, aménagés et équipés à cet effet.
    Lorsque le délai d’exécution du marché est égal ou supérieur à 18 mois, l’entrepreneur doit procéder à l’organisation de cours de formation et d’alphabétisation sur le chantier. À cet effet, il doit :
    – organiser des séances d’alphabétisation totalisant au moins 4 heures par semaine ;
    – affecter des locaux aménagés et équipés à cet effet sur le chantier ou à proximité immédiate ;
    – veiller à ce que les agents chargés des cours d’alphabétisation utilisent des manuels conçus et élaborés à cet effet ;
    – veiller à la délivrance à la fin du cycle d’alphabétisation d’un certificat signé par ses soins.
    Si l’entrepreneur ne se conforme pas aux dispositions du présent article, il s’exposera à l’application des mesures coercitives prévues à l’article 79 du présent cahier ».
    Lesquelles, en gros, sont essentiellement différentes conditions de rupture de contrat.
    Alors que vous semble de cette clause de formation et d’alphabétisation sur les chantiers ? C’est typiquement du ressort de la RSE. Ce n’est pas de la formation continue, car l’idée n’est pas de faire progresser les ouvriers dans leur carrière, en vrai, mais bien de pallier une déficience éducative trop présente au Maroc. À dire vrai, ce type de clauses existe depuis un certain temps et se trouve beaucoup en Afrique, elles sont généralement liées à l’implantation de raffineries ou autres gros contrats pétroliers. On estime que l’impact de l’implantation d’une grosse entreprise, très souvent étrangère est tel qu’il doit s’accompagner de changements positifs pour la société, laquelle est pauvre et peu à même de mener elle-même ses propres changements.
    Mais en dehors d’une dimension d’impérialisme culturel auquel on ne peut s’empêcher de penser, et en l’évacuant totalement dans le cas présent puisque a priori, bien des entreprises maroco-marocaines seront amenées à répondre à des appels d’offres de travaux, ce qui est frappant c’est qu’il s’agit ni plus ni moins d’une délégation de prérogatives de l’état au profit – ou plus exactement au détriment des entreprises. Eh oui, éduquer sa population, c’est tout de même un des attributs de l’état. Et la délivrance de diplômes – pardon, de certificats, logiquement, aussi. En tout cas, si l’on veut qu’ils aient la moindre valeur, sans quoi ils constituent un simple bout de papier que l’ouvrier pourra peut-être péniblement déchiffrer. Et là, mes amis, mon cœur balance : d’un côté, tout effort visant à rendre l’analphabétisme marginal m’agrée, tant je trouve honteux que des décennies de plans d’action tous plus volontaristes les uns que les autres aient accouchés de souris pathétiques et d’une population toujours analphabète à 45 %. De l’autre, je ne crois pas qu’une entreprise de chantier ait vocation à former et entretenir une flotte d’enseignants. Ce n’est ni son rôle ni son métier et tout cela risque de déboucher, si tant est que la mesure soit respectée, sur des résultats ni faits ni à faire. Ce qui, in fine, m’amène à la réflexion suivante, qui me paraît tout de même essentielle : ça suffit le flou artistique sur les attributions morales des entreprises et de l’état. Le fait est que l’entreprise n’est pas un modèle global. Elle a son utilité et elle est, de fait, centrale dans la pensée politique et économique actuelle. Néanmoins, l’état se dessaisit beaucoup trop de son rôle et, à force de le faire, perd sa légitimité, son autorité et son pouvoir, au détriment de tous car l’entreprise ne peut pas le remplacer, quoi qu’on en dise. Et si chacun revenait à ses fonctions premières, admettait, par la même occasion, sa vocation à fonctionner selon des modalités différentes et complémentaires ? Et si nous revenions, finalement, à un modèle d’organisation basé sur les besoins des citoyens, lesquels ne sont pas adressés et c’est normal par des entreprises qui ne conçoivent les gens que comme des employés, des fournisseurs ou des clients ? Bref, et si l’état jouait son rôle, tandis que l’entreprise revenait à sa place, centrale mais pas totale ?

  • Cessez-le-feu en Colombie : la fin du plus vieux conflit au monde!

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 29 juin 2016.

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    Bon, allez, fin de saison, on entend parler de catastrophes ici et là et nous sommes tous un peu fatigués, alors ce matin, on se détend un peu, avec une nouvelle qui sent bon la Bisounoursie : enfin, le plus vieux conflit armé du monde s’est arrêté. Eh oui, les FARC et le gouvernement colombien viennent de signer un cessez-le-feu historique, après 52 ans de conflit, 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés. Le traité de paix devrait, lui, être signé le 20 juillet, jour symbolique s’il en est puisque c’est le jour de l’indépendance du pays.
    Ça y est, on vous dit. L’accord a été signé à la Havane entre le président Juan Manuel Santos et le chef suprême des Forces armées révolutionnaires de Colombie Timoleon Jimenez, sous le regard de plusieurs chefs d’Etat et du secrétaire général de l’ONU. Ce n’est pas une surprise, ceci dit. Cela fait déjà plus de 3 ans, presque 4 qu’on avance sur la voie d’un arrêt du conflit, de petits pas en grosses avancées, au fur et à mesure que la guérilla s’affaiblit. On sentait bien qu’on approchait de la fin, c’est vrai. Même les clips tournés à Cuba toujours par le service de com. des FARC faisaient dans la modernité du rap et parlaient de paix, c’est dire.
    Bon, la normalisation des rapports entre Cuba et les États-Unis aussi préfigurait la fin des conflits entre une extrême gauche morte et enterrée et des états soutenus militairement et économiquement par la puissance américaine. Il n’empêche, l’accord est historique et va changer la face de la Colombie. Dans les détails, près de 7 000 combattants vont déposer les armes sous contrôle de l’ONU lors des quelques mois à venir et ils seront répartis géographiquement dans 23 zones du pays, réinsérés dans la société, protégés, évidemment, car tout le monde se souvient du raté des années 80, où la tentative de trêve devant mener à une normalisation sous forme de parti politique, l’Union Patriotique, avait mené à l’assassinat de 3 000 FARC dont presque l’intégralité de leurs élus. Au résultat, il aura fallu 30 ans de plus pour que, de coup fourré à gauche en coup bas à droite, on accepte de se refaire un peu confiance. Tenez, l’année la plus meurtrière de ce conflit dont on a presque entendu parler qu’à cause d’Ingrid Betancourt, c’est 2002, pas si vieux, tout ça.
    Alors concrètement, quels sont les défis que cet accord va poser désormais ? Le premier est la justice transitionnelle : il va falloir désarmer non seulement les guérilleros, mais aussi les milices paramilitaires qui les traquaient, indemniser les plus de 7 millions de personnes en droit de le réclamer, réinsérer les combattants des deux bords… Et aussi, enfin, entamer des pourparlers avec l’autre guérilla dont tout le monde se moque un peu, car elle est plus restreinte, à peine 1500 combattants, de l’armée de Libération Nationale inspirée du commandant Che Guevara et la théologie de la libération.
    Mais ça non plus ça ne devrait pas tarder. Par contre, rien de tout cela ne va être gratuit et autant les États-Unis ont débloqué pas mal de fonds d’année en année pour soutenir le gouvernement dans son conflit avec les guérillas, autant la somme promise par Obama pour soutenir l’effort de paix est presque symbolique : à peine 450 millions de dollars en 2017 sans engagement d’aller au-delà, quand la Fondation Paix et réconciliation estime le coût de la paix à 100 milliards de dollars étalés sur quinze ans, incluant les réformes nécessaires, les infrastructures à construire dans les régions sinistrées par le conflit, etc. Tout de même…
    Ceci dit, la paix signifie également une augmentation du PIB car elle devrait permettre d’ouvrir à l’exploitation, en particulier minière, de régions jusque-là inaccessibles et puis la paix encourage les investissements. Les plus optimistes tablent sur 2 % d’augmentation du PIB, les plus pessimistes considèrent que les investisseurs ont déjà profité du climat apaisé pour venir et n’espèrent que 0,3 %, mais c’est déjà ça, dans un pays qui vient de subir, lui aussi un ralentissement économique brutal, passant de plus 5 % de croissance sur les 10 dernières années à seulement 2,7 % en 2015. Mais le plus important pour la Colombie, c’est que la fin des guérillas signifie un coup d’arrêt pour les cartels qui ne seront plus soutenus par l’extrême-gauche. Et ça, c’est vraiment, mais alors, vraiment positif. Pas sûr néanmoins que cela change la position de la Colombie sur cette question, qui veut, comme d’autres pays d’Amérique Latine, qu’on reconnaisse enfin l’échec de la prohibition et de la guerre contre la drogue. Ah et oui, c’est un détail, sans doute, mais bon… on va moins associer flute andine et révolution pour mieux la laisser au rayon des musiques d’ascenseur. C’est déjà ça.

  • Brexit : le séisme

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 24 juin 2016.

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    Hier, je participais à Avec ou Sans Parures et je me suis trompée. Je n’étais pas la seule et d’ailleurs, la semaine d’avant, Reddouan et moi, pour une fois d’accord, nous nous trompions également en chœur. Tous, nous, mais aussi l’immense majorité des analystes pensions le Brexit impossible, que ce serait comme pour le référendum écossais, qu’il y aurait ballotage mais qu’au final… On s’est planté lourdement, on n’a pas su lire les signes pourtant évidents de refus de consentement, on a tablé sur ce qui paraissait raisonnable alors que, clairement, nous sommes dans des temps de crispation, pas de raison.
    Bon, c’est peut-être un peu dramatique comme son, d’autant que la Grande-Bretagne n’est certes pas le seul ami de l’UE, si tant est qu’elle ait jamais été réellement son amie, mais enfin. Le fait est que quelque chose de l’ordre du séisme, oui, une apocalypse au sens de fin d’une époque vient de se produire, c’est indéniable. Hier, alors que jusque très tard, tout le monde croyait au Brexin, les britanniques ont voté pour leur départ de l’union à près de 52%, avec un taux de participation record de plus de 72%.
    Alors désormais, que va-t-il se passer ? Du moins grave au plus problématique, la transition va déjà prendre au moins deux ans, durant lesquels la Grande-Bretagne devrait souffrir un peu d’incertitudes le temps de négocier un statut équivalent à celui de la Suisse, par exemple. L’UE va se faire prier, évidemment mais les économies sont tellement imbriquées qu’il est presque impossible de refuser. Bien sûr, David Cameron a été contraint de démissionner, mais ça, c’est bien de sa faute tant il a profité de la vague anti-européenne pour son propre bénéfice politique, alors qu’il souhaitait rester en Europe.
    Eh oui, ce genre de choses a des conséquences, d’autant qu’en Europe, les mesures prises pour accommoder la Grande-Bretagne énervaient pas mal de monde, même si, sur les derniers temps, sentant le vent de la panique souffler, bien des concessions ont été concédées dans la précipitation.
    Las, cela n’aura pas suffi. Alors, conséquences, donc. Pour la Grande-Bretagne, les plus optimistes tablent sur une instabilité passagère de la monnaie – la livre sterling a déjà perdu 11 % de sa valeur en une nuit, instabilité, disent-ils qui ne sera pas nécessairement défavorable aux exportations néanmoins. Et pour le reste, une renégociation du statut avec l’Europe dans le même temps que le Commonwealth reprendra de sa force, donc moult échanges notamment avec l’Inde. Bon, je ne vous cache pas que d’autres économistes craignent daba un krash de la City qui serait dévastateur et la Banque d’Angleterre se dit déjà prête à injecter massivement des liquidités pour éviter la crise – pas moins de 250 milliards de livres sterling. Pas sûr que ça suffise, mais bon… Côté politique, le scrutin, très suivi, a également été marqué par une polarisation très nette, avec l’Ecosse votant massivement pour rester, la Grande-Bretagne et le Pays de Galle votant massivement pour partir. Dès lors, un second référendum d’indépendance écossaise devient presque inévitable et il est plus que probable que cette fois-ci, l’Ecosse partitionne. De là à craindre une instabilité pour un Royaume de moins en moins uni, il n’y a qu’un pas, que pas mal de politiques anglais pressentent. L’Irlande du Nord, qui a aussi voté pour rester dans l’UE, parle déjà de réunification avec l’autre Irlande européenne, partition possible, encore. Bref, à leur tour, c’est aux politiques anglais de supplier…
    Côté européen, tout le monde craint l’effet domino. Et en effet, un peu partout, les eurosceptiques commencent à exiger de pouvoir voter, eux-aussi, une sortie d’une union qui ne fait plus rêver grand-monde. Certains responsables européens parlent même de crise de l’Occident dans son ensemble. Seul Jean-Claude Juncker se dit optimiste et pense que l’Europe va s’en remettre.
    Mais j’ai appris une chose, en me trompant si lourdement : le refus de consentement est total et il n’y a pas de retour à la raison et au business as usual dans ces cas-là. La crise systémique économique, sociale et politique qui a fragilisé les institutions démocratiques européennes vient d’aboutir à une crise qui fait que demain ne ressemblera en rien à ce que les uns et les autres, eurosceptiques ou rêveurs fédéralistes avaient imaginé.

  • Le Venezuela au bord du gouffre

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 14 juin 2016.

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    Et ce matin, on va parler d’un sujet brûlant mais un peu passé à la trappe ces derniers temps, le Venezuela. Parce que la crise continue très fort, là-bas. Mais entre tuerie ici et coupe d’Europe de Football là, Brexit et contestations sociales en France, menace Podemos et poursuite de Daesh, bah, l’Amérique Latine, comment dire ? Oui, c’est pas ce qui nous préoccupe en premier lieu, c’est logique.
    Pourtant dans le son du silence médiatique, le Venezuela continue à vivre une situation d’exception aux conséquences terribles. On ne va pas revenir dessus, vous le savez : la chute des prix des matières premières et notamment du pétrole, ajoutée au bras de fer entre les fonds vautours américains, les industriels et les banques d’un côté et le président chaviste Maduro de l’autre a mené le pays au bord du gouffre. Inflation gallopante à plus de 700 %, pénuries délirantes, on estime que près de 80 % des produits de base sont désormais introuvables. Là-dessus, rajoutez des coupures de courant de plusieurs heures par jour, décidées par un gouvernement qui n’en peut plus d’essayer de faire des économies… Forcément, tout cela n’amène pas à la paix sociale, alors que les gens protestent dans la rue devant des supermarchés fermés et utilisent les réseaux sociaux pour échanger des denrées vitales et des produits de soins.
    Alors évidemment, le président Maduro est dans la tourmente, avec une opposition de droite, solide du fait de sa victoire législative en décembre dernier, qui lui met sur le dos la responsabilité de l’ensemble de la crise. Et ça marche puisque ce pays traditionnellement de gauche depuis Chavez voit désormais près de 70 % de la population qui souhaite le départ de Maduro, selon les sondages. Et justement, le Conseil National Électoral (CNE) vient de valider une initiative de demande de référendum de révocation du président lancée par l’opposition mais rassemblant pas moins de 1,3 millions de signatures. Désormais, il faut valider les signatures de ceux qui ont demandé la destitution du président par vérification d’empreintes digitales, processus qui devrait avoir lieu entre le 20 et le 24 juin. De là, processus de vérification de la vérification, qui durera jusqu’à fin juillet… Bref, bon an, mal an, Maduro a annoncé que si référendum il devait y avoir, il n’aurait pas lieu avant 2017. Autant vous dire que cette volonté affichée du président de vouloir gagner du temps, grapiller quelques mois ici et là ne plaît pas vraiment. D’autant que la présidente du CNE Tibisay Lucena, notoirement chaviste, a prévenu vendredi dernier que le processus de destitution serait arrêté en cas de violences. Je cite : «Nous voulons être clairs: la moindre agression, trouble (de l’ordre) ou incitation à la violence entraînera la suspension immédiate du processus jusqu’au rétablissement de l’ordre.» Sauf qu’il y a des émeutes de la faim tous les jours… La coalition anti-chaviste, la Table de l’Unita, Mesa de la unitad ou MUD y voit « une provocation, alors que s’exacerbent les troubles motivés par la faim ». On les comprends plutôt.
    Alors pourquoi temporiser ainsi ? C’est que, si le référendum tourne en la défaveur de Maduro, ce qui ne paraît pas improbable, au vu de la tournure des événements, la résultante sera différente en 2016 ou en 2017. Eh oui, en 2016, élections anticipées, mais à partir du 10 janvier 2017… on se rapproche trop de la fin du mandat et donc, c’est le vice-président, Aristobulo Isturiz qui prend le pouvoir, lequel reste donc entre des mains chavistes. Autant vous dire que cela ne satisfait pas du tout l’opposition. Voilà la situation aujourd’hui : comme vous le voyez, ce n’est pas brillant. Reste une seule question, alors que la révolution paraît pas forcément improbable – ou bien un coup d’état, comment en est-on arrivé là ? L’opposition a beau jeu de répéter partout que c’est là la preuve de l’échec évident d’un des derniers modèles communiste du monde. Il n’en reste pas moins que dans les détails, un certain nombre d’éléments pointent étrangement aussi du côté du libéralisme. Allez, je vais les jeter là, en vrac, histoire d’alimenter le débat : les fonds vautours, déjà, qui ont racheté des dettes vénézuéliennes, les ont gonflés d’autant et maintenant exigent leur remboursement dans des conditions dont on sait qu’elles vont ruiner l’économie. Les industriels, qui jouent le jeu des banques, spéculent sur le cours des monnaies plutôt que d’investir, ferment et refusent de produire. La chute du cours des matières premières, notamment le pétrole qui étonnament, sert fortement les intérêts américains au détriment de pays dangereux pour l’hégémonie US, comme la Russie, notamment, l’Arabie Saoudite et, entre autres, le Venezuela. Bref, rien n’est simple dans ces situations et avec le temps, on se rend compte que bien des manipulations ont eu lieu dans cette amérique latine qui s’enrhume si vite quand les États-Unis éternuent. Les analystes ont parfois de la mémoire, d’autres coups, d’autres pénuries, d’autres manipulations. Il n’en reste pas moins que ventre affamé n’ont pas d’oreille et aujourd’hui, la population, affamée, ruinée, dévastée, est dans la rue.