• Les femmes sont-elles une minorité comme les autres?

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 14 septembre 2015.

    Publication originale sur Luxe Radio


    Alors aux Matins luxe, ça va, des femmes, il y en a. Et si l’on compte Sara Rami et Yasmina Kadiri, on est même majoritaires. Pourtant, ce matin encore – une fois de plus, vous direz – il est temps de revenir sur un paradoxe que je n’ai jamais compris : pourquoi les femmes, qui représentent un peu plus de la moitié de l’humanité sont-elles traitées comme une minorité ?
    Oui, non, alors là, comment dire ? C’est vrai qu’aux Matins Luxe, encore une fois, les chefs d’orchestre, qui tiennent l’émission sont deux co-animatrices. Mais dans l’ensemble, dire que les femmes dirigent le monde, c’est soit une exagération flagrante, soit un déni de réalité, soyons clairs. Non, parce que les femmes sont généralement moins payées que les hommes, ont souvent des emplois subalternes, sont moins présentes en politique, bref… On n’est clairement pas représentées en regard de notre importance statistique, quoi. Ce qui explique certainement cette histoire de minorité. Seulement, ça pose un problème à la base que j’accepte assez mal.
    Ben oui, quand on parle de problème de genre, on ne pense pas aux hommes, de même que quand on parle de problèmes raciaux, on ne parle pas des blancs. En fait, c’est toujours la même chose, quand on problématise une situation de discrimination, on ne parle jamais du groupe dominant, seulement du groupe dominé. Et c’est pareil pour tout, tenez, si on évoque l’orientation sexuelle, est-ce qu’on pense à l’hétérosexualité ? Non, bien sûr que non, on veut juste être polis pour évoquer l’homosexualité, ou éventuellement la bisexualité. Alors, c’est un biais bien connu et qui ne va pas sans poser de nombreux dilemmes à ceux qui s’y trouvent confrontés. Accepter la chose et aller au bout de la logique revient à plébisciter les solutions de discriminations positives, de manière à compenser une discrimination négative perçue finalement comme étant presque inévitable, même inconsciemment. Je laisse le soin à chacun et souvent, à chaque culture, parce que d’un pays à l’autre, on n’a pas le même regard sur la chose, de répondre à ce choix difficile d’y voir une solution ou un nouveau problème potentiel. Mais en ce qui concerne les femmes, la question se pose à mon avis de manière un peu différente.
    Je ne peux pas accepter comme une évidence à laquelle il faut se résigner que la moitié de l’humanité soit traitée, même de manière inconsciente, comme étant inférieure. Autant vous dire que j’ai bien du mal avec ceux qui expliquent tout à fait clairement la chose, mais passons. Je n’accepte pas le racisme non plus. Or les femmes appartiennent aujourd’hui, plus du fait du politiquement correct que du sexisme d’ailleurs, à la catégorie des minorités à quotas. Tant de femmes en politique, tant dans la direction des entreprises, comme on a au moins un noir dans l’équipe des héros de films américains, et un hispanique. Et si je peux comprendre que cela réponde à une logique, oui, nous sommes discriminées, je dirais au même titre ou presque ! Je trouve quand même que loin de nous sortir de l’ornière de l’inégalité, cela nous enfonce. Car cela amène à des aberrations, des inversions de système de pensée, comme celle, magnifique, du fameux plan Ikram pour l’égalité en vue de la parité. Eh non, la parité n’est pas le but, c’est l’égalité qui doit l’être, la parité n’est qu’un moyen, pas même très efficace.
    Comme si, toujours, pour être une femme socialement acceptée ou acceptable dans le travail ou habilitée à s’exprimer, il fallait s’affirmer libérée, ou bien féministe. Une athlète gagne-t-elle un prix, on lui demande ce que ça lui fait, en tant que femme. Une scientifique fait une découverte extraordinaire en, je ne sais pas, moi ! Physique quantique, on lui demande ce que ça représente, en tant que femme. Si elle est mère, on lui demande si elle a su concilier sa recherche à son rôle de maman. Bref, avant d’être quoi que ce soit d’autre et pour toujours, on est femme. Or je vais vous dire, de la même manière que je suppose, les hommes, on ne pense pas à notre féminité plus que cela. On est femmes, oui, bien sûr. Comme on a des pieds, comme on respire. C’est naturel, c’est comme ça, on ne le remet pas en cause et ça n’affecte pas spécialement l’ensemble de nos pensées. Quand on y réfléchit, bien sûr, on trouve ça formidable, parfois pénible, mais bon… La majeure partie du temps, je suis mère avec mon fils, chroniqueuse à la radio et je respire tout le temps.
    Et là encore, le piège se referme. C’est encore une femme qui dénonce cette situation. Une féministe, autant dire, sans doute, une hystérique. On la connaît tous, cette rengaine là. Pourtant, me taire serait accepter l’inacceptable. Alors juste demander, avec de la bisounoursie, sans doute, mais de l’espoir malgré tout, que les hommes de bonne volonté nous rejoignent de l’autre côté de cette barrière des minorités ? Qu’il ne s’agisse plus d’un combat surréaliste opposant une moitié de l’humanité à l’autre, d’autant que ce n’est pas vrai, une bonne part des femmes sont également sexistes, mais ceux qui croient justifié d’honorer un sexe au détriment de l’autre versus ceux qui estiment, comme moi, que c’est tout simplement aberrant. Des initiatives #HeforShe, si vous voulez, mais pas tellement pour nous, les femmes, juste pour une humanité réconciliée avec sa nature sexuellement duale. Qu’on aime bien, dans certaines circonstances !

  • Des festivals pour les jeunes, pourquoi faire?

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 10 septembre 2015.

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    Quand je suis arrivée à Casablanca, il y a neuf ans, la ville abritait deux grands festivals populaires. Le festival de Casa et le Tremplin L’Boulvard.
    Le premier a rapidement disparu, encore que sur Wiki, on dise officiellement qu’il a seulement muté. Je ne sais pas, moi, en tout cas, je n’en ai pas vu trace. Le second a connu bien des revers et a même été suspendu une année par manque de moyens. Mais il est toujours là. Il était là avant le festival de Casa, il est là après, il est là parce que, pour irrévérencieux, gouailleur qu’il ait toujours paru, ce festival urbain, libre, pourtant extrêmement sécurisé est le fait de passionnés qui ont cru et mis en œuvre une idée simple : la jeunesse a besoin de s’exprimer. Longtemps, ça n’a pas été très bien vu. A l’époque de mon arrivée au Maroc, on lisait encore parfois des articles expliquant que les gens qui aimaient le hard rock étaient satanistes, alors pensez, un festival qui laissait des jeunes faisant du rap, du hard ou de l’électro, toutes musiques suspectes, je ne sais pas très bien de quoi, mais suspectes, finalement, forcément, on s’en méfiait.
    Oui, bon, tout ça, c’est bien beau, mais enfin, ces jeunes, ils ne respectaient rien. Imaginez : le fils d’un régisseur de théâtre à la FOL, Mohamed Mehari, qui se met en tête, avec son complice de toujours, Hicham Bahou, de faire monter sur scène tous les musicos qui ont envie, que dis-je besoin de s’exprimer, ça ne peut que tourner mal. D’ailleurs, assez rapidement, les gens bien, la FOL autrement dit, se sont désolidarisés de la chose.
    Pourtant, ils ont continué. Et pour moi, ils ont constitué une superbe introduction à ce qu’est la vitalité de la culture urbaine casaouïe.
    Certains ont même tentés de les comparer à d’autres mouvements, ailleurs, comme la Movida espagnole. On a appelé cela la Nayda. Eux contestent : ils ne sont le mouvement de rien, ils ne font que donner une scène et des moyens à ceux qui font le Maroc. Point barre. Ça fait déjà pas mal et si, aujourd’hui, des groupes qui se sont lancés grâce à ce festival se réclament de la Hayha Music, une sorte de Jazz-rock fusion avec des sonorités Gnawan eh bien, c’est tant mieux…
    Mais ce n’est pas le cas de tous. Au Tremplin L’Boulvard, on peut écouter du rap, de l’électro, du rock qui fait planer, aussi.
    Des artistes étrangers, venus en résidence, partager avec les marocains, de grands groupes pour éduquer nos oreilles, inspirer nos talents. Et puis bien sûr, surtout, une vingtaine de formations locales par an, des jeunes, sélectionnés sur des centaines de candidatures que les gens du Boulvard vont aider toute l’année. Parce que maintenant, ils ont aussi un centre de musique actuelle, le Boulteck, au Tecknopark.
    Y’a de tout là-dedans. Tout le monde vient répéter, pas cher dans des salles, bien équipées. On vient aussi pour les concerts, salle 36, forcément, haha. Et mine de rien, les gens qui ont monté ça, les satanistes de quand je suis arrivé, ces gens louches, là, pas vraiment fréquentables, les Momo Mehari, les Hicham, ils ont eu un financement royal. Et un Wissam. Parce que peut-être que finalement, s’occuper de la jeunesse, lui proposer de la culture, c’est quand même bien. Même quand on ne nous l’a pas demandé au départ. Même quand on sera toujours un peu alternatif dans l’âme. Peut-être même bien que c’est plutôt ça qui agrée au roi : qu’on se bouge, qu’on se débrouille, que ça marche, que les gens adhèrent et qu’on crée une dynamique, plutôt que d’attendre sans jamais vouloir s’engager.
    Oui, bon, ils sont bien impertinents, ces jeunes, c’est vrai. Ils ne respectent rien, hormis la culture et puis le public, ah tiens. N’empêche que 17 ans après sa création, le festival Tremplin L’Boulvard continue à faire vibrer la nouvelle scène musicale marocaine et ça, ce n’est pas rien. D’autant plus que maintenant, ils font aussi du street art, de la danse, du théâtre, du cirque et tout un tas de résidences artistiques. Voilà à quoi ça sert, un festival, pour la jeunesse du Maroc. C’est joyeux, sympa, subversif à la manière d’un bon gros Bisounours et ça rassemble les jeunes, les familles, les moins jeunes et les plus traditionnalistes derrière un seul concept : gratuité et culture pour tous. Ah et une dernière précision : tous les extraits musicaux d’aujourd’hui sont issus des groupes que vous verrez sur scène cette édition, à partir de demain et durant une semaine. Enjoy !

  • Médecine cybernétique : les robots vont-ils complètement remplacer les hommes?

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 3 septembre 2015.

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    Et ce matin, on part dans un univers de science-fiction devenu réalité : la médecine cybernétique.
    Ah ben oui, mais vu comme cela, évidemment, ça paraît moins extraordinaire. Et au fait, le monsieur qui vient de parler s’appelle Joël de Rosnay et c’est l’ancien directeur des applications de la recherche à l’Institut Pasteur et l’actuel conseiller du président de la Cité Des Sciences et de l’Industrie de La Villette.
    Mais reprenons : s’il suffit d’avoir une prothèse pour être considéré cyborg ou humachine, dites, y’en a bien plus qu’une trentaine. D’autant que désormais, on est capable de créer des prothèses connectées aux patients imprimées en 3D à moins de 200€, alors pensez ! Eh oui, souvenez-vous du petit Maxence, 6 ans et de sa main de super-héros obligeamment fournie par l’association américaine e-Nable. Une première en France ayant eu lieu cet été, mais à peine l’un des milliers d’enfants ayant bénéficié du projet un peu partout dans le monde. Et ça n’est pas tout : nous sommes désormais dans un monde de miracles permanents. Les aveugles voient, les sourds entendent et les paralytiques remarchent, si, si, si ! Ainsi, une jeune femme devenue paraplégique après un accident de sky est devenue célèbre aux Etats-Unis après s’être vu adjoint un exosquelette équipé de vérins hydrauliques réalisé par l’entreprise 3D Systems.
    Comme vous y allez, tout de suite ! Non, en fait, là aussi, la structure a été imprimée en 3D et réalisée en polyamide, plus légère, confortable et beaucoup moins coûteuse que le métal. Mais l’idée est là : on peut désormais sans problème créer des exosquelettes médicaux et bien d’autres choses assez simplement. En fait, les avancées foudroyantes de la technologie ces dernières années rendent des miracles non seulement possibles mais même pas bien chers. Et il semble ne plus y avoir de limites. Aux Etats-Unis, on a ainsi remplacé 75% du crâne d’un patient accidenté par du polymère et créé une attelle résorbable pour la trachée d’un nourrisson. On travaille de plus en plus sur des organes artificiels imprimés eux aussi en 3D. Et si, pour le moment, on n’est pas encore tip top au point, ce qui passait pour complètement impossible il y a à peine deux trois ans relève maintenant d’un futur presque immédiat.
    Alors, en dehors de l’erreur de prononciation au doublage bio-ionique bionique, qui me fait personnellement beaucoup rire parce que faisant du doublage moi-même, je comprends la déconcertation du bonhomme face à un terme qu’il n’a jamais entendu, de facto, on en est là. Et se pose une question prégnante : si l’on est capable de doter un individu ayant été privé par la nature d’un sens fondamental, ne peut-on pas augmenter les sens d’un autre, tout à fait normal ?
    Et c’est là qu’on retrouve les quelques 30 humachines de notre ami Joël de Rosnay que je citais tout à l’heure. Les cyborgs qui se promènent sur les campus américains testent des possibilités d’interconnexion homme-machine complexes, intégrant le réseau et un échange serré d’information entre des puces qu’ils portent sur eux et qui peuvent interagir avec l’environnement et eux-mêmes.
    Enfin, quand on dit aller à l’intérieur, le monsieur veut juste dire qu’on peut monitorer à distance ses paramètres vitaux, comme les battements du cœur, sa respiration, etc. Y’a même des gens qui réfléchissent à des tissus intelligents capables de faire cela et de se connecter à une base de données permettant de comparer ses performances dans le temps. C’est amusant, comme idée, non ? Oui, mais appliquée par des militaires, tout d’un coup, ça nous donne un peu plus de frissons, vous ne croyez pas ?
    Ben oui, imaginez un homme avec un exosquelette, ayant plus de sens que prévus à la base, genre une super audition ou bien une vision infrarouge, dont on est capable de savoir aux battements du cœur s’il est en situation de stress à des milliers de kilomètres, c’est un peu le soldat parfait, non ? Ne riez pas, bien évidemment, ce genre de recherches a lieu. A dire vrai, ce sont les militaires qui ont développés, pour leurs soldats revenant du front, toutes les prothèses fabuleuses dont nous disposons actuellement.
    Rhaâââ… Tout de suite, les grands mots ! Non, ce n’est pas la route menant à l’enfer. C’est un nouveau monde. Il va, c’est indéniable, être de moins en moins cher et de plus en plus simple de s’adjoindre des prothèses, des puces et autres gadgets ou non imprimés en 3D sur des concepts complexes rendus simples qui vont nous permettre de réaliser des miracles mais aussi de rentrer dans un monde de plus en plus cyberpunk d’augmentations des capacités humaines. C’est à la fois terrifiant et excitant. C’est une preuve supplémentaire que nous vivons le temps de la réalisation de la science-fiction. Et franchement, à choisir, je préfère rendre la vue à un aveugle plutôt que constater jour après jour qu’on est en 1984. Il n’en reste pas moins que la vieille question éthique qui se posait aux écrivaillons du siècle dernier comme aux technomédecins de nos jours est bel et bien d’actualité : où s’arrête l’homme et où commence la machine ? Et, peut-être plus important, quand devient-on obsolète quand on n’est pas augmenté ?