• Macron-léon le petit

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 13 avril 2018.


    Vous vous souvenez de cette exaltation du discours final ? Rhâââ… L’intronisation ! Le char, la pyramide, la photo officielle, toute cette symbolique qui fleurait bon la, la… Je l’ai sur le bout de la langue… Modernité ? Non, c’est pas ça.

    Oui, voilà, c’est plutôt ça, ça fleurait bon la vieille France. En même temps, fallait pas chercher loin pour en arriver à cette conclusion, je veux dire, c’était fait avec des gros sabots. Président jupitérien tsoin-tsoin par-ci, rayonnement kwasa-kwasa de la France par-là, on était bien dans les codes de l’Empire.

    En même temps, pour un banquier, vous me direz, c’est adapté. Rachid dirait dirigé par les banques, mais vous me connaissez, je ne suis pas du genre à prendre les chefs d’état pour des marionnettes.

    Allez, allez, au moins, il ne change pas franchement de ligne ces derniers temps, ça, on ne peut pas dire, il est consistant depuis qu’il a cessé d’alterner entre je suis de gauche non de droite non du PS, non pas du tout mais je vous en prie. Dans ses ambitions impériales, il est droit dans ses bottes.

    C’est donc très logiquement en inaugurant Delacroix, le peintre de l’Empire colonial qu’il reçoit MBS, histoire de bien démontrer qu’on va lui en fourrer, de l’Empire moderne à coup de seins dus d’une Liberté qui ne guide plus grand monde à l’heure où le spectre des « fake news » bâillonne tout le monde. Et ce, le plus naturellement du monde, après avoir appelé l’Eglise au chevet de sa Fille Aînée.

    On ne peut pas dire qu’on n’aura pas été prévenus. Un peu comme chaque grande catastrophe d’hommes faussement providentiels qui abrasent l’humanité d’aberrations, il nous l’avait dit avant.

    Donc on a été prévenu. On n’aurait pas dû être surpris quand il a commencé à dire des bêtises grosses comme lui.

    Des aberrations, je vous dis. Et c’est loin d’être la seule.

    Mais on ne va pas faire le tour, on n’a pas le temps.

    Dans le contexte actuel, coincés que nous sommes trop souvent entre Charybde et Scylla, nous n’avons pas le choix des Dieux qui trônent dans l’Olympe, ou presque pas, ni en France, ni ailleurs. Il y a une leçon, plus universelle que les Droits de l’Homme, peut-être, à en tirer. Ici, ailleurs, partout et pas seulement chez soi, il importe d’entendre, ad minima, écouter et si possible comprendre ce qui se dit, ce qu’on nous vend, ce que trament les politiques, car la Parole est créatrice de fantasmes d’absolutisme, en particulier quand elle résonne dans le silence des consciences mortes.

  • L’enfer est pavé de bonnes intentions technocratiques

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 6 avril 2018.


    Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! Il semble que c’est ce qu’ont conclu les tribunaux américains, en ce qui concerne Affluenza teen, ce jeune homme « trop privilégié pour réaliser la portée de ces actes », qui a quand même dégommé 4 piétons en voiture. L’affaire remonte à 2013, mais elle est particulièrement d’actualité, je trouve, en ces temps où le monde entier va mal mais personne ne semble vouloir en assumer la responsabilité.

    Oui, bon, y’en a qui blâment aussi les étrangers, l’Occident, la modernité ou bien la religion, mais je veux dire, il faudrait parler des vraies raisons, un de ces jours, vous ne croyez pas ? Pas des boucs émissaires à qui l’on fait porter le poids de l’angoisse.

    J’ai longtemps pensé, comme tout le monde, que les responsabilités étaient bien définies ou bien à peu près claires. Si les politiques sont au pouvoir et que ça va mal, c’est que c’est la faute des politiques. Et, au vu des choix qu’on a, oui, c’est Charybde et Silla, bref, nous sommes impuissants. Et pourtant… Si nous n’avons pas les politiques que nous méritons, à qui la faute ? Et si, plus simplement, plus humainement, nous étions tous, à notre niveau et quoi qu’on en veuille, intégralement responsables ? Je ne sais pas vous, mais personnellement, des vrais méchants qui jouissent à l’idée de s’enrichir sur la misère du peuple, des mécréants riant à gorge déployée à l’évocation du chaos et de la guerre, de vils manipulateurs pouffant par saccades en piétinant les autres avec délectation, je n’en connais pas beaucoup. En revanche, il m’est arrivé plus d’une fois de vouloir bien faire et de me planter en beauté, faisant par là-même considérablement plus de mal que je n’avais souhaité faire de bien. Et je gage qu’en cherchant bien et même pas trop loin, on pourrait trouver bien des exemples similaires à échelle bien plus grande, chez nos dirigeants, décideurs et grands stratèges.

    Tenez, par exemple, j’ai rencontré récemment un cadre dirigeant à l’écart d’une conférence économique qui m’a expliqué avec vigueur que les PPP ou Partenariats Publics Privés étaient l’avenir du social, la preuve en était de l’électrification et de la distribution d’eau courante dans les campagnes marocaines, qui n’avait été possible que grâce à cela. Je réponds, jusque-là, c’est classique, qu’il en découle que des gens qui ne gagnent pas ou très peu d’argent se retrouvent à payer des factures, qu’ils ne peuvent pas assumer. Jerrada, au moins, devrait nous avoir enseigné cela, à défaut d’autre chose. Et là s’est produit quelque chose de glaçant. Il me répond, tout à fait indigné, profondément, moralement choqué par mon objection, qu’enfin, mais voyons ! De toute façon, ces gens-là ne consomment pas beaucoup et comme le prix est exponentiel selon la consommation, ce sont surtout les riches qui payent. Et puis, dans un pays en stress hydrique, on ne peut pas se permettre de gâcher de l’eau. Or si on la donne, l’eau, ils vont la gaspiller. Voilà, l’inversion avait eu lieu sous mes yeux, effroyable : donner de l’eau aux pauvres, c’est la gaspiller et c’est immoral quand on est en stress hydrique. Mais dites-moi, le stress hydrique, le problème, c’est quoi, si ce n’est qu’il menace la survie humaine ? En particulier des pauvres ?

    C’est un peu comme virer des gens pour sauver l’emploi, ce qu’on nous vend à longueur d’année, ou bien cette fameuse théorie du ripple down effect, qui voudrait que plus on donne aux riches, plus les pauvres finiraient par récolter des miettes. Alors outre le côté effroyable d’imaginer les pauvres comme des chiens à qui on donne des restes tombés du buffet, certes, il y a bel et bien un effet ripple down aux cadeaux fiscaux, aux mesures technocratiques de développement et autres effets de l’inversion totale des valeurs que nous vivons actuellement, sans nous en rendre bien compte. C’est que le plus souvent, nous sommes tellement aveuglés à la réalité par notre langage délirant d’abstraction qui ne dépeint plus rien que nous nous trouvons coincés dans des divisions impossibles et nous devenons incapables d’évaluer la moralité de nos actes. Voulez-vous être écolos et mettre des panneaux solaires que vous voilà complice involontaire de l’exploitation minière d’enfants sous-payés. Et tout est à l’avenant, rien n’est innocent, rien n’est sans conséquence désastreuse sur l’autre. Il serait temps que nous ayons un fantôme des Noëls passés pour montrer aux Mr Scrooge que nous sommes tous en train de devenir les conséquences réelles et individuelles de nos choix.

  • Débattre contre des moulins à vent

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 30 mars 2018.


    Je ne sais pas si c’est d’avoir la chance d’être dans ce studio en si bonne compagnie, mais je vais vous dire, quand je vois le niveau du débat général – si tant est qu’il y en ait ! je ne comprend pas, mais alors, vraiment pas. Tenez : en France, l’avenir entier, non seulement d’une profession mais encore de l’idée même d’un contre-pouvoir vient d’être paresseusement enterré par 46 voix contre 20. 46 contre 20 !!! Je veux dire, personne n’a ne serait-ce que fait mine de jouer… alors que tout pouvait se faire au niveau de l’adaptation d’une directive européenne inique – elle-même jamais vraiment discutée, qui aurait pu être utilement limitée par l’adjonction de quelques garde-fous !

    Toujours en France, on tue une vieille dame réchappée de la Shoah, parce qu’elle était juive et Sarkozy donne des interviews sur la plus grande télé française à peine sorti de garde à vue. Je ne sais pas comment la France, toujours elle ! peut payer les factures télécom de l’armée tchadienne et ne surtout pas trop commenter un changement de constitution dont personne n’a le texte et qui sera voté par référendum… Ne rassemblant que les Grands Electeurs ! Je ne comprend pas qu’on se demande sérieusement s’il y a une culture milléniale purement arabe non plus, à dire vrai, surtout quand on pense que pendant ce temps-là, au Maroc, la question du jour est de savoir si une énième jeune fille filmée a été violée ou non. Par contre, on ne se demande pas pourquoi c’est quand la vidéo sort et pas quand la jeune fille est agressée que l’on prend des mesures. Et tous ces débats-là, c’est rien que ceux du jour, pour ceux qui n’auraient pas suivi. Voilà, c’est ça, dont on parle ce matin, et tous les autres matins, pas un tour du monde exhaustif de toutes les aberrations des temps, hélas ! Enfin, Sarko et la vieille dame – Mireille Knoll, paix à son âme, c’est moi qui les ai rajoutés, sans doute par sentimentalisme envers mon pays d’origine.

    Non, je ne comprend pas comment on en est là et quoi faire exactement pour en sortir. Je ne sais déjà pas très bien combien de temps mon métier sera praticable, non seulement ici, mais partout dans le monde, alors… Pensez si j’ai des solutions ! Ce que je sais, c’est que cette lente agonie du dire, coincé entre l’assourdissant silence de ceux qui déterminent nos vies et le verbiage délétère de la rumeur en réseau est significative. Chaque fois que je crois que le débat ne sert à rien – autant se battre contre des moulins à vents, je me souviens que la parole est créatrice, le Verbe porteur d’espoir et le droit de parler jamais acquis. Plus que jamais, je crois en la nécessité des lanceurs d’alerte, des pensées dissidentes d’une doxa perdue dans sa propre novlangue et du débat, de cette confrontation d’humains qui, à plusieurs, se découvrent des idées qu’ils n’auraient jamais pu concevoir seuls.

    Je crois en vous, qui m’écoutez tous les matins et que je sais là, avec moi, quand je vous parle. Vous à qui mon graou parle intimement de sujets bien plus grands que nous, mais qui nous concernent et que nous allons devoir changer ensemble, pour vivre mieux. Je crois en nous, l’humanité, pour trouver une solution. Parce que alors quoi ? Si le pire advenait et que réellement, nous allions, comme tout semble porter à le croire, dans le mur, ce ne serait pas d’avoir eu tort qui serait le pire, vous ne pensez pas ? Autant essayer. Oui, je crois au débat, au dire respectueux des autres et qui n’hésite pas à confronter ses idées sans se sentir menacé dans sa fierté ou son identité. Je crois qu’il n’y a pas d’autres voix/voies, entendez-le comme vous voudrez, que la culture et pas d’autre avenir que l’humain pour nous sauver.

  • Le bonheur est dans l’après

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 23 mars 2018.


    Bon, je ne sais pas pour vous, mais j'en ai marre. Je regarde Facebook, je ne vois que des photos de gens hyper contents alors que je sais qu'ils sont très malheureux. Je reçois des pubs pour des séminaires divers et avariés m'expliquant que le bonheur, ça se travaille, à coup de PNL, de détox et de stretching le matin. Le DSM ou Manuel de diagnostic médical américain considère qu'au-delà de 15 jours de tristesse après la perte d'un être cher, il nous faut des antidépresseurs. Partout, on nous dit qu'il ne faut pas manger trop sucré, trop salé, trop gras, au moins 5 légumes et fruits par jour et toute la nourriture qu'on nous offre est de plus en plus transformée, de moins en moins naturelle et aucun régime au monde ne pourra compenser les dégâts sur notre santé. Alors les gens grossissent, deviennent malades et fatigués, on leur explique qu'il faut qu'ils en fassent plus : plus d'efforts, plus de sport, plus de volonté. Et moins aussi : moins de nourriture, moins de plaisir, moins d'insouciance. Mais après !!! Ah… Après ! Après, tout ira bien, y'aura plus de soucis, plus de diabète, plus de cholestérol, plus de problème pour rentrer dans le maillot ou pour impressionner cette femme, là, que vous voulez séduire.

    L'injonction au bonheur, qui vous dit que vous n'êtes pas grand-chose si vous n'exultez pas 24/24, elle est bel et bien là, maintenant, tout le temps. Elle fait partie de cet ensemble inatteignable qui s'appelle la performance et qui voudrait que vous soyez jeunes, beaux, successful, en anglais parce qu'en français, ça marche moins. Et que vous soyez heureux, maintenant, là, tout le temps, sous peine d'être un loser, en anglais, là aussi. Par contre, vous remarquerez, la solution, elle, c'est pour après. Après que vous aurez acheté une nouvelle voiture, après que vous aurez fait cette cure minceur, après votre yoga, votre reiki, votre psy ou alors après la mort, pour les croyants, qui résistent à tout, sauf à quelques tentations, parfois, mais n'en parlons pas.

    Dans l'intervalle, la pression est énorme. Allez confier un coup de mou à un ami, le voilà qui vous conseille une cure de gelée royale ou une retraite dans le désert ou encore un séminaire qui va vous révolutionner votre vie et alors là, après, z'allez voir comment qu'ça va positiver dans votre tête, un truc de fou. Et si je voulais, moi, être triste ? Etre en colère, être révoltée, être dégoutée, être fatiguée, me sentir couci-couça, ne pas vouloir sourire à la vie, pour une fois, vouloir juste qu'on me laisse, un instant, respirer. Etre angoissée, nostalgique ou amoureuse mais pas très raisonnable, vraiment pas pondérée, et puis vouloir qu'on me laisse en paix, ne pas avoir à justifier de ne pas être au top sur commande. Et même, même ! Me sentir en droit de penser que ma vie privée, avec tout ce qu'elle contient, peut justifier que moi, même pas robot, je puisse des fois, ne pas être aussi bonne que ces fois-là où tout va.

    Et des tonnes de gens très bien intentionnés viennent nous voir pour nous expliquer la Solution. Je ne fais pas beaucoup de différence entre les coachs et les pentecôtistes, au final. Beaucoup de pensée magique sous prétexte de miracle concret et surtout toute prête à ne pas réfléchir, pour ne plus angoisser. Toute une génération qui cherche la clé du Bonheur comme si c'était une maison témoin dont la promesse serait toujours mensongère.

    Je vais vous dire, la solution, la seule, au fond, tout le monde la connaît : c'est d'aimer. Rien d'autre n'est vrai au final, et surtout pas la croissance, l'économie ou votre capital performance. Seulement comment aimer si l'on refuse de s'admettre fragile ? Il n'y a pas de lien sans vulnérabilité. Cessez d'être parfaits, vous ne l'avez jamais été. Et c'est comme ça qu'on vous aime, même quand vous avez envie de pleurer. Parce que vous avez le droit, voilà et qu'on connaît tous ça.

  • Le bruit des pantoufles

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 16 mars 2018.


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    le silence de la grenouille

    Je vais vous dire, je suis effarée. Ce n'est pas une grande nouvelle, les choses ne vont pas bien. Les bruits en provenance de Jerrada ont de quoi faire frémir, la crise sociale et sociétale est bel et bien là, et je ne vois nul part ne serait-ce que la velléité de changer les choses. Je m'explique : où que ce soit sur la planète, on constate qu'aucun peuple ne bénéficie vraiment de ce que l'on appelle à tort l'ultra-libéralisme et qu'on nommerait plus justement mouvement général de spoliation par l'illusionnisme boursier.

    Et pourtant, personne n'a l'air de parvenir à la conclusion pourtant évidente : si on ne tient pas à changer l'humain, parce qu'on l'aime bien, disons… On peut changer le système ?Parce qu'il est temps, tout le monde le ressent. Temps qu'on ait un peu d'espoir de trouver des solutions pour vivre ensemble sans que cela signifie écraser son voisin et laisser crever aux frontières tous les désespérés du monde.

    Et je ne dis pas qu'ici et là, les politiques, les économistes, les prophètes des temps modernes n'essaient pas de chercher une combine ou une autre pour apaiser les choses, voire de tenter sincèrement de trouver des solutions, ce serait de la mauvaise foi. Non, ils essaient, mais sont parfaitement incapables de réussir, car ils refusent de remettre en cause le paradigme actuel.

    Jusqu'aux supposés marxistes qui viennent nous expliquer sans frémir que oui, bon, ils ne renient rien de leurs valeurs, mais enfin, comme un idéal. Dans l'intervalle, les partis politiques, c'est pas des ateliers philos, alors back to business, faut vraiment redresser les indicateurs macroéconomiques du pays. Et pourquoi ? Pour rester au pouvoir ? Oui, alors, par sécurité, par manque d'imagination, surtout. Comme si l'ancien bloc de l'Ouest avait si bien réussi à éradiquer son adversaire qu'il devenait impossible à quiconque d'imaginer d'autres systèmes sans manquer du plus élémentaire bon sens. Comme si, depuis, le monde était dans une sorte de transe, de stase de la pensée, paralysie primaire, qui relève du réflexe pavlovien, de la terreur à l'état pur : non, non, je ne peux pas repenser le monde, l'humain, l'espoir, il y a les chiffres et eux sont plus réels que les enfants des rues, même si c'est forcément faux, aberrant, stupide, quand on y pense, quand on s'arrête cinq minutes pour y penser, évidemment, mais on n'a plus le temps, le temps de rien, et encore moins de réfléchir. Alors, nous nous endormons, comme des grenouilles plongées dans une eau qui se réchauffe progressivement jusqu'à nous ébouillanter et nous restons engourdis, stupéfaits dans le silence de nos pantoufles. Seuls les très jeunes et les très très désespérés protestent, au Maroc comme partout, d'ailleurs. C'est l'énergie de l'adrénaline qui les meut encore un peu, dans un réflexe de survie souvent mal dirigé. Et les politiques, ou les économistes, enfin les prophètes des temps modernes, font comme d'habitude, trois promesses en l'air et deux tours de passe-passe, sans bien comprendre pourquoi, parfois – de plus en plus souvent, cela ne marche pas. Et c'est gênant, ça handicape l'économie.

    Alors d'où vient ce syndrome de Stockholm dont nous semblons presque tous souffrir ? Et qui saura comment éviter la catastrophe, celle qui nous pend au nez si l'on continue, plutôt que d'avoir l'audace de choisir l'humanité, à créer de plus en plus de divisions en catégorie d'ennemis. Je ne sais pas, je ne sais pas qui aura la liberté de penser à rebours de lui-même avec suffisamment de force pour infléchir la course d'une histoire terrifiante. Par contre, je sais que cela devrait être le rôle des politiques, quelle que soit leur casquette. Réveillez-vous ! Non, le monde n'est pas en stase, tout change tout le temps et de plus en plus vite. Penser hors d'un cadre périmé depuis beau temps n'est pas une hérésie, c'est une nécessité impérieuse. Rappelez-vous, quand vous avez décidé de vous engager en politique, vous l'avez fait par vocation, pas pour maintenir plus ou moins un strapontin un peu pointu là où ceux qui vous envient plantent des échardes et où vous ne restez en équilibre qu'en compromettant le peu de pouvoir acquis pour satisfaire les faiseurs de rois économiques ! S'il vous plaît, si vous servez encore à quelque chose, c'est bien à cela : penser le monde, démonter toutes les hypothèses, en trouver d'autres, réinventer un réel qui ne nous tue pas tous à coup de pressions impossibles à tenir. La course dramatique à l'appauvrissement des populations, à la haine de son voisin sous prétexte identitaires et à l'amertume de savoir qu'aucun politique ne nous sauvera jamais n'est pas une fatalité. Redressez-vous, dites «je» et assumez d'avoir de l'espoir, ou renoncez à nous condamner au pire.