• Brexit : le séisme

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 24 juin 2016.

    Publication originale sur Luxe Radio


    Hier, je participais à Avec ou Sans Parures et je me suis trompée. Je n’étais pas la seule et d’ailleurs, la semaine d’avant, Reddouan et moi, pour une fois d’accord, nous nous trompions également en chœur. Tous, nous, mais aussi l’immense majorité des analystes pensions le Brexit impossible, que ce serait comme pour le référendum écossais, qu’il y aurait ballotage mais qu’au final… On s’est planté lourdement, on n’a pas su lire les signes pourtant évidents de refus de consentement, on a tablé sur ce qui paraissait raisonnable alors que, clairement, nous sommes dans des temps de crispation, pas de raison.
    Bon, c’est peut-être un peu dramatique comme son, d’autant que la Grande-Bretagne n’est certes pas le seul ami de l’UE, si tant est qu’elle ait jamais été réellement son amie, mais enfin. Le fait est que quelque chose de l’ordre du séisme, oui, une apocalypse au sens de fin d’une époque vient de se produire, c’est indéniable. Hier, alors que jusque très tard, tout le monde croyait au Brexin, les britanniques ont voté pour leur départ de l’union à près de 52%, avec un taux de participation record de plus de 72%.
    Alors désormais, que va-t-il se passer ? Du moins grave au plus problématique, la transition va déjà prendre au moins deux ans, durant lesquels la Grande-Bretagne devrait souffrir un peu d’incertitudes le temps de négocier un statut équivalent à celui de la Suisse, par exemple. L’UE va se faire prier, évidemment mais les économies sont tellement imbriquées qu’il est presque impossible de refuser. Bien sûr, David Cameron a été contraint de démissionner, mais ça, c’est bien de sa faute tant il a profité de la vague anti-européenne pour son propre bénéfice politique, alors qu’il souhaitait rester en Europe.
    Eh oui, ce genre de choses a des conséquences, d’autant qu’en Europe, les mesures prises pour accommoder la Grande-Bretagne énervaient pas mal de monde, même si, sur les derniers temps, sentant le vent de la panique souffler, bien des concessions ont été concédées dans la précipitation.
    Las, cela n’aura pas suffi. Alors, conséquences, donc. Pour la Grande-Bretagne, les plus optimistes tablent sur une instabilité passagère de la monnaie – la livre sterling a déjà perdu 11 % de sa valeur en une nuit, instabilité, disent-ils qui ne sera pas nécessairement défavorable aux exportations néanmoins. Et pour le reste, une renégociation du statut avec l’Europe dans le même temps que le Commonwealth reprendra de sa force, donc moult échanges notamment avec l’Inde. Bon, je ne vous cache pas que d’autres économistes craignent daba un krash de la City qui serait dévastateur et la Banque d’Angleterre se dit déjà prête à injecter massivement des liquidités pour éviter la crise – pas moins de 250 milliards de livres sterling. Pas sûr que ça suffise, mais bon… Côté politique, le scrutin, très suivi, a également été marqué par une polarisation très nette, avec l’Ecosse votant massivement pour rester, la Grande-Bretagne et le Pays de Galle votant massivement pour partir. Dès lors, un second référendum d’indépendance écossaise devient presque inévitable et il est plus que probable que cette fois-ci, l’Ecosse partitionne. De là à craindre une instabilité pour un Royaume de moins en moins uni, il n’y a qu’un pas, que pas mal de politiques anglais pressentent. L’Irlande du Nord, qui a aussi voté pour rester dans l’UE, parle déjà de réunification avec l’autre Irlande européenne, partition possible, encore. Bref, à leur tour, c’est aux politiques anglais de supplier…
    Côté européen, tout le monde craint l’effet domino. Et en effet, un peu partout, les eurosceptiques commencent à exiger de pouvoir voter, eux-aussi, une sortie d’une union qui ne fait plus rêver grand-monde. Certains responsables européens parlent même de crise de l’Occident dans son ensemble. Seul Jean-Claude Juncker se dit optimiste et pense que l’Europe va s’en remettre.
    Mais j’ai appris une chose, en me trompant si lourdement : le refus de consentement est total et il n’y a pas de retour à la raison et au business as usual dans ces cas-là. La crise systémique économique, sociale et politique qui a fragilisé les institutions démocratiques européennes vient d’aboutir à une crise qui fait que demain ne ressemblera en rien à ce que les uns et les autres, eurosceptiques ou rêveurs fédéralistes avaient imaginé.

  • Le Venezuela au bord du gouffre

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 14 juin 2016.

    Publication originale sur Luxe Radio


    Et ce matin, on va parler d’un sujet brûlant mais un peu passé à la trappe ces derniers temps, le Venezuela. Parce que la crise continue très fort, là-bas. Mais entre tuerie ici et coupe d’Europe de Football là, Brexit et contestations sociales en France, menace Podemos et poursuite de Daesh, bah, l’Amérique Latine, comment dire ? Oui, c’est pas ce qui nous préoccupe en premier lieu, c’est logique.
    Pourtant dans le son du silence médiatique, le Venezuela continue à vivre une situation d’exception aux conséquences terribles. On ne va pas revenir dessus, vous le savez : la chute des prix des matières premières et notamment du pétrole, ajoutée au bras de fer entre les fonds vautours américains, les industriels et les banques d’un côté et le président chaviste Maduro de l’autre a mené le pays au bord du gouffre. Inflation gallopante à plus de 700 %, pénuries délirantes, on estime que près de 80 % des produits de base sont désormais introuvables. Là-dessus, rajoutez des coupures de courant de plusieurs heures par jour, décidées par un gouvernement qui n’en peut plus d’essayer de faire des économies… Forcément, tout cela n’amène pas à la paix sociale, alors que les gens protestent dans la rue devant des supermarchés fermés et utilisent les réseaux sociaux pour échanger des denrées vitales et des produits de soins.
    Alors évidemment, le président Maduro est dans la tourmente, avec une opposition de droite, solide du fait de sa victoire législative en décembre dernier, qui lui met sur le dos la responsabilité de l’ensemble de la crise. Et ça marche puisque ce pays traditionnellement de gauche depuis Chavez voit désormais près de 70 % de la population qui souhaite le départ de Maduro, selon les sondages. Et justement, le Conseil National Électoral (CNE) vient de valider une initiative de demande de référendum de révocation du président lancée par l’opposition mais rassemblant pas moins de 1,3 millions de signatures. Désormais, il faut valider les signatures de ceux qui ont demandé la destitution du président par vérification d’empreintes digitales, processus qui devrait avoir lieu entre le 20 et le 24 juin. De là, processus de vérification de la vérification, qui durera jusqu’à fin juillet… Bref, bon an, mal an, Maduro a annoncé que si référendum il devait y avoir, il n’aurait pas lieu avant 2017. Autant vous dire que cette volonté affichée du président de vouloir gagner du temps, grapiller quelques mois ici et là ne plaît pas vraiment. D’autant que la présidente du CNE Tibisay Lucena, notoirement chaviste, a prévenu vendredi dernier que le processus de destitution serait arrêté en cas de violences. Je cite : «Nous voulons être clairs: la moindre agression, trouble (de l’ordre) ou incitation à la violence entraînera la suspension immédiate du processus jusqu’au rétablissement de l’ordre.» Sauf qu’il y a des émeutes de la faim tous les jours… La coalition anti-chaviste, la Table de l’Unita, Mesa de la unitad ou MUD y voit « une provocation, alors que s’exacerbent les troubles motivés par la faim ». On les comprends plutôt.
    Alors pourquoi temporiser ainsi ? C’est que, si le référendum tourne en la défaveur de Maduro, ce qui ne paraît pas improbable, au vu de la tournure des événements, la résultante sera différente en 2016 ou en 2017. Eh oui, en 2016, élections anticipées, mais à partir du 10 janvier 2017… on se rapproche trop de la fin du mandat et donc, c’est le vice-président, Aristobulo Isturiz qui prend le pouvoir, lequel reste donc entre des mains chavistes. Autant vous dire que cela ne satisfait pas du tout l’opposition. Voilà la situation aujourd’hui : comme vous le voyez, ce n’est pas brillant. Reste une seule question, alors que la révolution paraît pas forcément improbable – ou bien un coup d’état, comment en est-on arrivé là ? L’opposition a beau jeu de répéter partout que c’est là la preuve de l’échec évident d’un des derniers modèles communiste du monde. Il n’en reste pas moins que dans les détails, un certain nombre d’éléments pointent étrangement aussi du côté du libéralisme. Allez, je vais les jeter là, en vrac, histoire d’alimenter le débat : les fonds vautours, déjà, qui ont racheté des dettes vénézuéliennes, les ont gonflés d’autant et maintenant exigent leur remboursement dans des conditions dont on sait qu’elles vont ruiner l’économie. Les industriels, qui jouent le jeu des banques, spéculent sur le cours des monnaies plutôt que d’investir, ferment et refusent de produire. La chute du cours des matières premières, notamment le pétrole qui étonnament, sert fortement les intérêts américains au détriment de pays dangereux pour l’hégémonie US, comme la Russie, notamment, l’Arabie Saoudite et, entre autres, le Venezuela. Bref, rien n’est simple dans ces situations et avec le temps, on se rend compte que bien des manipulations ont eu lieu dans cette amérique latine qui s’enrhume si vite quand les États-Unis éternuent. Les analystes ont parfois de la mémoire, d’autres coups, d’autres pénuries, d’autres manipulations. Il n’en reste pas moins que ventre affamé n’ont pas d’oreille et aujourd’hui, la population, affamée, ruinée, dévastée, est dans la rue.

  • Est-ce la fin du pacte de stabilité?

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 10 juin 2016.

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    On n’en a presque pas parlé dans la presse, alors que tous les yeux se tournaient, en Europe, vers la possibilité d’un Brexit. Vous vous souvenez du pacte de stabilité européen? Mais si… La fameuse limite, la ligne rouge des 3% de déficit public à ne pas dépasser. Bon, en fait, pas mal de pays en sont loin, mais ils ont des objectifs, ils doivent s’en rapprocher. Tout cela est prédit, annoncé par les pays qui savent qu’ils rateront leur cible de plus de quelques points de base et Bruxelles tape régulièrement du poing sur la table. C’est ça, la stabilité européenne. C’est ça qui permet à l’Allemagne de tomber à bras raccourcis sur les pays défaillants économiquement, comme la Grèce. Seulement voilà, là, l’Europe a un problème : juste avant que la Grande-Bretagne ne vote sur le Brexit, l’Espagne et le Portugal ont annoncé des déficits publics délirants pour 2015. Pour l’Espagne, l’objectif en sortie de crise était souple : on tablait sur 4,2% du PIB. Sauf que là, on est à 5,1 %, presque 1 point d’écart. Quant au Portugal, c’est encore pire : on attendait 2,7% du PIB de déficit public et c’est 4,4%. 1,7 point de différence ! Ouhlalala !
    Là, normalement, ça va barder pour le matricule de la péninsule ibérique. Non ?
    Sauf que. Figurez-vous que mi-mai, la Commission européenne a décidé, subreptice, de décaler au mois de juillet la nécessité de statuer sur la mise en œuvre d’un processus de surveillance budgétaire à l’encontre de l’Espagne et du Portugal. Alors pourquoi ? D’abord, parce que ça fait un certain temps que la crise a mis à mal le fameux pacte de stabilité. En 2015, la France est passée à un cheveu d’une sanction mais rien ne s’est passé. Eh oui, la crise… Alors allez reprocher à Madrid, en pleine tourmente politique, vulnérable face à une possible déferlante Podemos, qui pour le coup, fait peur à l’Europe, parce qu’on a l’exemple de la Grèce, de ne pas tenir ses engagements, c’est impossible. Le cas lisboète est différent et plus grave. Ceci dit, comment taper sur le Portugal et pas sur l’Espagne ? Dilemme, dilemme…
    Oui, je sais… Par la bande, je viens de comparer l’Eurozone à la Matrice. Ce n’est pas faux, comprenez-moi. Tout part plus ou moins à vau-l’eau, personne n’est réellement en mesure de moufter sans se dire, gardez-vous à droite la sortie de la Grande-Bretagne, gardez-vous à gauche, l’émergence de partis Sirizesques, ça devient dur de réagir brutalement, comme on devrait, lorsque les états prennent un peu de liberté par rapport à leurs engagements. Ceci dit, le fait même d’assouplir à tout va pose un problème, un problème auto-prédictif, qui plus est : ça fragilise considérablement l’Euro.
    Mais, selon la bonne technique de l’autruche, il suffit d’enfouir bien sa tête dans le sable en attendant que ça passe, histoire de ne pas voir le problème. Et aussi, en espérant que personne ne le remarque trop. Non, parce que, à bien y réfléchir, Mario Draghi, président de la banque centrale européenne, il ne martelait pas à tout bout de champ que le pacte de stabilité, renforcé et renforcé encore, c’était la clé de voûte de l’euro zone ? S’il sautait, tout s’effondrait ? Ah oui, mais selon Jean-Claude Juncker sur le cas français l’an dernier, déjà « la France, c’est la France ». Oui. Et visiblement, l’Espagne, c’est l’Espagne, le Portugal, c’est le Portugal et la Grèce, c’est le pays des mal-aimés.
    Alors comment faire si dura lex sed non vraiment lex ? Qu’est-ce que ça signifie sur la monnaie, sur la structure même de l’euro zone ? Des questions embêtantes, tout de même quand on sait que si beaucoup ont renoncé sans le dire à la possibilité d’une Europe élargie, beaucoup essaient encore tant bien que mal de croire en la possibilité d’une euro zone cohérente, potentiellement fédérale à terme, bref, territoire de l’utopie économique, politique et sociale encore persistante. Pour l’instant, personne n’a vraiment envie de se poser ces questions… On comprend pourquoi, hélas.

  • Les pesticides, ces produits cancérigènes dans nos champs

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 7 juin 2016.

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    Et ce matin, on va donc parler de pesticides. C’est que, je ne sais pas si vous avez suivi toutes ces dernières années, la bataille est rude. Le cas des parlementaires européens contaminés au glysophate a fait couler beaucoup d’encre, d’autant que le produit est classé cancérigène probable, malgré le lobbying acharné d’entreprises faisant profession de vendre ces produits, comme Monsanto, par exemple. Et c’est bien de cette firme qu’on va parler, parce qu’il y a deux semaines, elle a refait parler d’elle, lors de ce que la presse a appelé le mariage des affreux : son rapprochement probable avec Bayer, le labo pharmaceutique. Les caricaturistes s’en sont donnés à cœur joie, avec des formules acerbes du type : l’alliance idéale, l’un rend malade, l’autre fabrique les médicaments pour soigner, etc. Bref, on peut dire que Monsanto, contre qui a lieu une marche mondiale tous les ans, qui s’est déroulé il y a quoi ? Trois semaines, peut-être ? C’est un peu le grand méchant de tous les grands méchants qui se moquent de notre santé, quoi.
    Faut dire que l’entreprise a une histoire sulfureuse. De son fameux agent orange ayant fait l’horreur de la guerre du Vietnam au scandale des PCB, (comme dans polychlorobiphényles) lesquels ont fini par être interdits dans les années 80 jusqu’à son produit phare dans les pesticides, le Roundup au glyphosate, justement…
    Ceci dit, rendons justice à Monsanto, leur truc à eux, qui fait 70% de leurs revenus, ce sont les semences transgéniques. Et s’ils sont devenus le symbole de toutes les multinationales pourries du secteur, ils sont loin d’être la première. Tenez, Bayer, dont on dit qu’il pourrait les racheter, fait pas moins de 22% de ses revenus dans les pesticides, déjà. Eh oui, ça n’est pas qu’un labo pharma. Ça n’est pas non plus que le sulfureux producteur du Zyklon B (et hop ! Point Godwin atteint… Trop facile avec un sujet pareil). C’est aussi le producteur de pesticides néonicotinoïdes qui tuent les abeilles et pas mal d’autres choses nécessaires à la survie humaine, à dire vrai.
    Oui, ben ça, c’est un peu fini, si vous voulez. En Chine, aux États-Unis, de plus en plus, des apiculteurs spécialisés vendent à prix d’or leurs bestioles pour permettre la pollinisation de champs dont les pesticides tueront en un rien de temps les Maya importées. Quand on n’en est pas carrément à de la pollinisation manuelle. Oui, j’vous dis pas le boulot. Bref ! Tout cela n’empêche pas le business de la mort au kg/ha de se développer, avec tout plein d’entreprises faisant tout plein de rapprochements, qui plus est. Comme Syngenta, par exemple, premier producteur mondial de pesticides, qui, à la suite d’une dévaluation boursière s’est fait racheter par ChemChina. En décembre dernier, c’était DuPont et Dow Chemicals qui annonçaient leur fusion. Alors est-ce à dire que le marché va mal ? Eh bien oui et non. C’est-à-dire qu’on utilise de plus en plus d’OGM et de pesticides dans le monde, y compris, on va en parler, au Maroc, cependant, les aléas du cours du dollar et de la crise économique affectant le secteur agricole a fragilisé quelque peu nos géants, qui ont donc besoin encore plus de nous convaincre que leurs produits sont bel et bien bons. Tenez, par exemple, puisque c’est avec cette substance qu’on a commencé, le glysophate, l’Union Européenne devait statuer sur son interdiction. D’où le coup de l’urine parlementaire testée par un groupe d’activistes, d’ailleurs. Mais la décision a été une fois de plus repoussée sine die.
    Pourtant, de fait, les preuves s’accumulent contre les pesticides. Du coup, au Maroc, un comité de pilotage intitulé « Élimination des pesticides obsolètes et mise en œuvre du programme de gestion intégrée des ravageurs et des pesticides au Maroc » a été mis en œuvre en mars 2015, rassemblant l’Office National de Sécurité Sanitaire et Alimentation et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. En février dernier, nous en étions déjà à une seconde réunion, visant à progressivement interdire les pesticides les plus dangereux et, en premier lieu, les pesticides obsolètes, puisque de nombreux stocks de vieux, parfois très vieux pesticides, périmés depuis longtemps, absolument pas aux normes, continuent de poser problème. Mais ce n’est pas tout : trois pesticides, dont le glyphosate mais aussi le diazinon et le malathion sont dans le viseur. Ainsi, l’index phytosanitaire de l’ONSSA nous informe aujourd’hui qu’officiellement, ces trois substances ont disparue ou presque des produits commercialisés et importés au Maroc. D’ailleurs, le Maroc est régulièrement classé parmi les pays les plus verts de la région. Sauf que…
    Si l’Afrique ne représente pour le moment que 4% du marché mondial des pesticides, l’OMS souligne qu’au moins 30% des produits commercialisés sur notre continent sont hors normes. Je rappelle que les trois substances que je viens de nommer sont elles, aux normes tout en étant quand même classées cancérigènes probables, ce qui signifie qu’une part non négligeable, si ce n’est la majorité des pesticides, souvent importés un peu par la bande, sont probablement dangereux, très dangereux. Et comme en plus, ici, nous avons un problème de formation des agriculteurs qui ne maîtrisent pas encore très bien les techniques liées, les risques sanitaires, pour eux comme pour les consommateurs sont multipliés, hélas…

  • Est-ce que parler, c’est agir?

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 2 juin 2016.

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    Une fois n’est pas coutume, ce matin, je dénonce : c’est Naïma qui m’a proposée de faire mon Bisounours sur ce sujet, parler et agir, puisque la différence, l’opposition même avait été évoquée encore récemment. Au départ, j’étais réticente, un peu mal à l’aise : c’est qu’il me semble que je l’avais déjà traité, ce sujet et puis bon, on a beau être à quelques jours du bac, on n’est peut-être pas obligé de faire dans le bateau philo à trois dirhams, le conseil serait mauvais, de toute façon. C’est vrai : bien sûr que parler, c’est agir. Dénoncer, c’est agir, par exemple. Souvent de manière bien plus décisive que ce que je viens de faire ce matin, quand on dénonce un crime, une corruption ou bien qu’on fasse œuvre de délation et que des hommes raflés en meurent. Témoigner, c’est agir, enseigner c’est agir et même, oui, même ce que je fais là, qui est mon travail et qui n’est que parole, c’est agir.
    Alors à quoi bon accepter de l’opposer, une fois de plus, parole taxée de facile, de potentiellement mensongère, à la sacro-sainte action qui n’est pourtant pas, en nature, si différente ? Non seulement parce que la parole est fondatrice – un acte légal qui change le monde et son état même à de multiples occasions, quand on se marie, quand on fait contrat, quand un juge dit la loi et énonce un verdict, mais parce que fondamentalement, il y a des actes mensongers, mauvais, impurs comme il y a des paroles corrompues, faibles ou violentes. Oui, bien sûr, parler, c’est agir et il n’y a pas, en nature de vertu supplémentaire à l’acte. Je dirais presque au contraire, dans une civilisation des religions du Livre où la Parole Divine a été retranscrite, parfois si mal en actes qu’il faut toute la science cabalistique pour retrouver les Mots du Créateur. Au Commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu. On pourrait rajouter et avec les Prophètes qui tous, étaient des orateurs, transmettant leur savoir et leur vision qui changeaient le monde et la destinée des hommes par le dire qui est, plus que tout, faire. Dans la religion chrétienne, pour apocryphe qu’il soit, l’Acte des Apôtres est parole d’évangile et ce n’est pas pour rien que l’on parcourt le monde en répandant la bonne parole. Et en Islam, dire la Chahada suffit à faire le musulman. Bien sûr que parler, c’est agir et c’est presque violemment nier notre culture que de s’imaginer autre chose.
    Pourtant Naïma avait raison de me proposer ce sujet. Grandement raison, mille fois raison. Parce que voyez-vous, ces derniers temps, vingt fois, cent fois par jour, on l’entend, cette remise en cause, devenue l’expression même – vérité qui change le monde, elle aussi, quelle ironie ! Du doute amer apposé comme un sceau aux actes (oui, aux actes!) des autres, soupçon fondateur d’immoralité : parler, c’est facile, mais les actes, ah, les actes… C’est le refus de consentement dans son essence, la sagesse ricanante des promesses qui n’engagent que ceux qui les croient. C’est, en fait, le chat échaudé qui craint l’eau froide, celui qui à force d’entendre des discours, souvent taxés de creux, ne veut plus croire que quoi que ce soit en ressortira. On pense alors aux hommes politiques dont les actes sont vides, faibles voire inexistants. Et pourtant, étonnamment, c’est aux discours, qui parfois avaient été si beaux, qu’on en veut obstinément de nous avoir fait espérer qu’il en aille autrement, quand visiblement, ce sont les actes qui sont défaillants.
    Alors c’est vrai qu’en ces temps plus que jamais médiatisés, la parole est déformée, manipulée, dévoyée. La Novlangue, acte des plus barbares et des plus violents qui soit, paralyse la pensée tous les jours, formate à se renier soi-même, empêche d’appréhender la complexité qui pourtant sauve du manichéisme et on y est soumis, encore et encore. Et d’ailleurs, remettre en cause la parole, mais sous-entendre une vertu morale à l’acte qui lui serait opposé, dans un mouvement productiviste, mécaniste, objectivable du monde en est issu, directement. C’est typique : utiliser le langage pour affirmer sa relativité même tout en sous-entendant une valeur absolue à quelque chose qu’il n’est plus possible de questionner du haut de son piédestal : l’acte qui n’est pourtant pas toujours fondateur et que la parole, toujours précède. C’est marrant, moi qui n’aime pas le coaching, je dirais pourtant que la Novlangue est la programmation neurolinguistique qui nous viole le cerveau tous les jours tant elle nous force à penser contre nous-mêmes. Parce que le glissement sémantique est désormais presque absolu. On est un homme d’action quand avant, on n’avait qu’une parole, qui faisait l’homme. Seulement voyez, je crois moi que l’humain, car bien sûr, quand je dis homme, je parle humain, n’a pas changé. C’est en parlant qu’il décide d’agir et qu’il agit le plus, du plus trivial au plus fondamental. C’est en disant je t’aime et non en faisant l’amour qu’il s’engage, par exemple, tant on sait tous que ces actes-là peuvent être mécaniques, mais les paroles pesées, lourdes de sens et d’avenir. C’est surtout en parole qu’on dit je et qu’on s’affirme en tant qu’individu au monde. Il y a matière à s’interroger, matière à réinformer quand nier ce qui nous constitue en essence, ce qui fait justement que nous collaborons, que nous aimons, que nous débattons, que nous sommes au monde irréductiblement différents des autres et malgré tout en lien avec l’altérité par la parole même est nié dans sa valeur et taxé par la bande -mais constamment ! D’immoralité. Alors bien sûr, la parole peut être mensongère, impure, impie. Mais parce qu’on peut être insincère, peut-on cesser d’être homme ? Chroniqueuse, plus que tout autre peut-être, je sais que je n’ai qu’une parole ; j’en fais acte tous les jours et profession, et foi.