Solstice d’histoire
Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 22 décembre 2017.
J'ai l'impression de vivre un long solstice d'histoire.
Vous me direz, ce n'est pas faux, hier, c'était le solstice d'hiver et les nuits, en effet, sont les plus longues de l'année. Mais à dire vrai, c'est plutôt à l'année longue que j'ai eu ce sentiment d'une lente glaciation du monde. Crise des migrants, terrorismes, extrêmes droites triomphantes, esclavage… Rien ne nous a été épargné, des horreurs dites sur les femmes dénonçant leurs agresseurs aux rapports accablants sur la situation générale et du Maroc en particulier. Et les enfants non plus ne l'auront pas été, épargnés, de ceux, par centaines, peuplant les pages des 50 pages de listes allemandes de morts aux portes de l'Europe à la gamine de 11 ans qui, finalement n'aura pas été violée en France, mais seulement victime d'atteinte sexuelle car elle n'a pas protesté, après tout, c'est de sa faute, en passant par nos enfants du Hirak que l'on emprisonne, nous dit-on, en ce moment.
Bref, oui, en cette fin d'année, comme l'an dernier d'ailleurs, je me sens un peu meurtrie, KO debout. Est-ce que la nuit aura jamais une fin ? Est-ce que demain sera encore pire ? Alors quoi ? Une guerre mondiale, la haine des uns envers les autres, les inégalités façon Germinal, Terminator ? Tout est possible, mais pas forcément le meilleur. Les anciens, nous dit-on fêtaient le solstice d'hiver justement pour cela, dans l'angoisse que le soleil, affaibli, ne se lève plus et que la nuit, longue, si longue, ne s'arrête plus jamais. Alors, il fallait ritualiser, faire un sacrifice peut-être, pour implorer la ou les divinités de ne pas nous abandonner au froid. Marquer le coup, voilà, voilà, c'est là le fin du fond de la nuit, actons la chose et, dépassant la peur, ayons foi que demain, le printemps renaîtra et avec lui les fleurs, promesses de récoltes futures.
Alors, puisqu'on est au temps des résolutions et des vœux d'espoir, ritualisons mes bons. Pendant ces vacances, cette trêve des confiseurs entre le solstice et la nouvelle année, s'il vous plaît, croyez avec moi que demain, l'espoir sera là, pour que nous frèrions encore et même rêvions, d'une utopie, nostalgique ou pas, à portée de main. Et pour faire revenir le soleil, faites un câlin à un proche, deux bisous tout doux, trois sourires à des inconnus, quatre vœux pour le monde, un souhait pour vous même et puis rêvez d'amour. On ne sait jamais, il n'y a pas si longtemps, on a cru qu'en s'aimant les uns les autres, on dépasserait tous les obstacles. Alors, si l'on craint de voir revenir les démons du XXème siècle et d'entre eux, facisme, guerre et horreurs systématisées, on peut aussi espérer au retour de l'idéal. L'hiver est là, mais le printemps vient et inch Allah, nos enfants seront ceux de l'été.
