• Lapinou Year !

    Archive du Podcast du Bout du Monde — épisode 32, publié le 1 janvier 2020.


    Ce siècle a déjà 20 ans, 20 ans que l’on n’aurait jamais pu imaginer avant. Je me souviens encore de la terreur et de l’expectative qu’avait provoqué le changement de millénaire. Je suis bien assez vieille pour avoir eu déjà plus de 20 ans il y a 20 ans… Nous imaginions tout, de la fin du monde aux navettes spatiales individuelles, permettant un séjour sur la lune, ou en station orbitale comme on va aux sports d’hiver. Certains milliardaires, précurseurs de technologies aujourd’hui dépassées, y croyaient tellement qu’ils s’en sont ruinés, mais attention, hein, façon start-upper avant l’heure, avec cotation en bourse et tout et tout.

    Hélas, si la technocratie domine bel et bien le monde, ou tout du moins, son vocabulaire, rien du pire ni du meilleur que nous envisagions en ces temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, n’est advenu. Crise après crise après révolte, force est de constater que nous n’avons pas rendu le monde meilleur, bien au contraire. Et de fait, cette année 2020 qui s’ouvre a de quoi inquiéter, entre enjeux économiques en tension, géopolitique des Nations en rivalité guerrière et élections stratégiques qui pourraient à elles seules justifier que tout bascule. Mais au moins, reconnaissons que le voyage a été surprenant et rarement ennuyeux. Peut-être bien que c’est tout ce qui compte, au final.

    Oh ! Bien sûr, on peut exhumer des archives tel morceau de bravoure de telle personnalité publique et en réinterpréter les termes pour y reconnaître la clairvoyance prophétique de celui qui comprenait, mais en vrai, on voyait beaucoup de choses, on s’est planté sur la plupart et certaines de nos pires craintes, nous les avons fait advenir, précisément d’avoir voulu les éviter. Une grande leçon d’humilité, à mon sens, qui ne peut que faire du bien, à l’heure où, comme chaque année – mais un peu plus – parce que 20 ans, c’est important, nous faisons notre bilan du passé et cherchons, par vœux et bonnes résolutions, à donner à nos vies une inflexion plus satisfaisante, chacun pour soi-même.

    Alors oui, l’écologie, réchauffement climatique ou pollution des sols, etc. Franchement, c’est vrai même sans parler d’apocalypse que tout le monde en a marre de bouffer de la merde, des animaux qui n’ont connu que l’inhumanité et des tomates qui ne moisissent pas après un mois de transport. C’est vrai que relire Germinal vous laisse un goût amer quand on se pelotonne bien au chaud dans une couverture payée trop bon marché pour qu’elle n’exploite pas quelque part, un enfant ou un travailleur forcé. C’est vrai que j’ai la gorge serrée de honte, de chagrin, de réelle dévastation quand je regarde Mare Nostrum et que j’y sais le cimetière de l’Afrique en deuil de ses espoirs d’Europe. Et quand je lis les journaux, je ne vous raconte pas, parce que vous le savez déjà, et on en parle souvent, et partout, d’à quel point ça va mal, entre autoritarisme, camp de concentration, disparitions forcées, guerres – civiles ou grossières de mépris envers les peuples, réthorique politique éculée, corruption en tous genres, scandales de la plus haute bassesse et promesses vagues d’un avenir radieux – au moins pour des machines qui n’ont jamais eu et n’auront jamais rien – d’humain. Franchement, je ne suis pas optimiste et je comprends les Poelvoorde de ce monde quand ils disent, frustrés, «bonne année, mon cul !»

    Et puis je me souviens que je ne suis pas seule à ne pas savoir de quoi demain sera fait. Remballez les experts, ils ne parlent que d’eux, comme tout le monde et ne peuvent rien nous dire de ce que nous sommes ou serons, ou serons amenés à être. On ne sait pas. On en perçoit certains signes, qui nous permettrons de nous raconter une histoire qui deviendra LA vraie par réinterprétation, comme à chaque fois ! Et comme à chaque fois, on y croira dur comme fer, parce qu’on en a besoin. Mais sur le moment et au fur et à mesure, pour une idée juste, qu’on aura peut-être provoqué, il y en aura 100 autres qui ne feront que passer, avant d’être dépassées… Et parfois de revenir pour d’autres raisons encore, d’autres enjeux qu’on n’avait pas prévus et qui les réactualisent. C’est comme ça, comme un ballet aveugle, dans le noir, nous avançons, le plus souvent inconscients des autres danseurs et ça donne quelque chose que bien pompeusement, on appelle, selon les milieux et le sujet, Performance Artistique ou bien Destin des Peuples, Histoire en marche, Loi du Marché, etc. Mettez autant de majuscules que vous voulez à ces mots-là, il n’y en aura jamais assez pour nous rassurer sur la crédibilité de la démarche. Et pour cause : au fond, nous le savons qu’il n’y en a pas et c’est pour ça qu’on a besoin d’y croire et que cela ne procède d’aucun savoir transcendant.

    Alors que reste-il de nos bilans, si l’on y regarde vraiment ? Et comment se projeter dans ce monde en mouvement tellement rapides, imprévisibles, surprenants, incontrôlés et incontrôlables ? L’idée simple que l’on n’est pas tout seuls. Pas tout seuls à déterminer nos vies, pas tout seuls à prendre les décisions qui pourtant, nous affectent. Pas tout seuls à créer le vent de l’histoire, cette croyance qui pour n’être basée sur rien, nous emporte quand même et justifie les pires horreurs, les indifférences les plus cruelles et les compromissions les moins éthiques, rien que pour vivre, bordel ! Certains y voient l’opportunité simple de s’en défausser. Ce sont les autres, je n’y peux rien, si l’on regarde bien, j’en suis victime aussi. C’est le système ou les bougnoules, mais en tout cas, pas moi, pas moi, pas moi !, qui n’ai rien voulu de tout cela ! Cela soulage temporairement, et puis ça ravage moralement, parce que si c’est l’autre, la haine est justifiée et elle carbonise tout, soi en premier, évidemment. Ces gens-là sont souvent malheureux, mais ils ont raison de l’être et ça les fait tenir. Je les en plains beaucoup, mais je ne peux rien pour eux.

    Pour d’autres, c’est l’occasion d’un engagement idéologique : si je n’ai pas le pouvoir de changer les choses, je vais le prendre. Par la force, la ruse, la politique ou le militantisme… Et le Grand Soir viendra. Il en faut, des guerriers convaincus de la justesse de leur cause. Quand par malheur, elle s’effondre, ils sont amers. En général, dans une vie, surtout maintenant que les temps changent si vite, des désillusions, on a le temps d’en connaître, c’est normal ; mais ceux-là ne s’en remettent pas. Ils croient à des idées, des principes, des certitudes, donc forcément, ils sont bafoués, se sentent trahis, humiliés et arrivent à la haine par d’autres chemins. Ou bien alors, ils se sont compromis, ont «mis de l’eau dans leur vin», sont devenus «réalistes», et, en revoyant leur ambition à la baisse, se trouvent surpris, à la fin de leur vie, de se dire qu’ils ont surtout baissé leur culotte bien plus souvent et bien plus bas qu’on ne leur a jamais demandé.

    Pour l’immense majorité, c’est l’occasion de se sentir bien seul, désorienté et, renonçant à un impact sur le monde illusoire, on se replie – c’est bien normal, sur des satisfactions atteignables. Notre famille, notre travail, nos convictions, que l’on n’impose pas aux autres, mais qui font pour nous les gens biens et les autres, ceux qui ne sont pas fréquentables. En fin de compte, notre manière propre de nous dire que nous avons une place et que nous nous y trouvons bien. C’est généralement suffisant. Il arrive pourtant un point de crise tellement profonde, tellement généralisée que même ce confort-là nous est dénié. Et que vouloir s’y conformer nous plonge par inadvertance dans une attitude de collabo d’un système ou d’un moment dont on voudrait pourtant bien se laver les mains.

    Je ne sais toujours pas de quoi demain sera fait. Mais il me paraît bien que tous, nous ressentons confusément, même quand on ne veut surtout pas le voir, que nous sommes, au présent, dans l’une de ces crises qui déterminera après coup, quand l’histoire pourra s’écrire, ce que nous avons été et sommes en profondeur. Et nous en sommes tous affectés. Tous même si à des degrés divers et chacun différement. Donc encore une fois, nous ne sommes pas seuls, dans cette équation à résoudre avec un langage autre que les mathématiques et que l’on ne maîtrise pas. Et quelle que soit notre attitude par rapport à la vie, il faudra bien que chacun pour soi-même, nous déterminions, non pas l’avenir, non pas ce que l’on en veut, mais ce que l’on en fait, car chaque acte, chaque pensée créatrice ou castratrice fera partie du tout que l’on nommera l’histoire. Bien sûr, il y faut des idées, et même des idéaux pour faire le choix des choix qu’on fait, quels qu’ils soient. Parfois par défaut, parfois par croyance et parfois avec passion. Sans doute faut-il identifier ce qui ne fonctionne pas et tenir pour comptables ceux qui en seraient responsables, sinon sans conséquences, comment éviter que d’autres ne fassent pareil ? Pourtant, cela ne suffit pas si l’on ne se rappelle pas que l’on n’est pas tout seuls à avoir des idées, des idéaux et des coupables en tête de tout ce qui ne va pas.

    On n’est pas tout seuls, l’autre existe autant que moi et je ne sais pas ce qu’il sait, ce qu’il pense, ce qu’il veut pour lui-même et c’est pour ça qu’à chaque fois que je regarde le monde changer sous mes yeux, c’est une surprise de le voir évoluer, de cette manière-là que personne exactement n’avait prévu ou tout à fait voulu. Je veux, et c’est mon point de croyance, y voir l’espoir : le pire n’est pas plus certain que le reste de ce que je projette de demain. Je veux, et c’est mon point d’engagement, y voir l’humain, cet autre déconcertant et à jamais insaisissable, avec amour. Alors, dans cet entre-deux du bilan et des vœux d’année nouvelle, je vœux pour vous le meilleur à votre aune, l’espoir comme un baume à vos besoins profonds, à vos aspirations singulières, à cette harmonie du pas-tout-seuls-pas-forcément-ensemble-mais-jamais-sans-attaches, qui, je crois, caractérise notre humanité commune. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, je ne peux pas en espérer l’idéal pour tous – puisque nous n’aspirons pas à la même chose. Je vœux y croire un avenir commun, où nous ne nous serons pas tout à fait perdus en chemin, ou de vue. Et je vous souhaite de trouver, dans toutes les surprises que la vie nous réserve à tous, ces moments de grâce qui font que tout vaut le coup, et tout est renouvellé. Un éclat de rire en plein deuil, qui résonne comme la vie même ; le sourire d’un enfant dont la confiance vous ferait pleurer de reconnaissance d’avoir su en être digne ; la complicité muette d’une rencontre fugace qui infléchit, même légèrement, la tonalité morose d’une journée banale… Tous ces moments-là, je les regarde avec plus de considération et de gratitude que je n’admets dans ma vie les autres, les micros humiliations du quotidien, les désagréments récurrents, l’hostilité de ceux qui décidément, ne veulent pas nous aimer et il n’est pas bien sûr qu’ils soient bien sûrs de leurs raisons pour ça. Et puisque lorsque je parle, je ne peux parler que de moi, je vous souhaite à tous de pouvoir vous dire vous, et rien d’autre, avec satisfaction et réjouissance, comme je l’espère pour moi. Le reste adviendra quand même, qu’on se le souhaite ou pas. Et ce n’est pas ça pour autant qui fera notre vie, même si cela fait l’histoire – et parfois pas.

    Bonne année, et salut à toi, ô, mon frère !

  • Aux innocents, les prisons pleines

    Archive du Podcast du Bout du Monde — épisode 31, publié le 28 décembre 2019.


    Cela fait un mois que je peaufine dans ma tête ce que devrait être cet épisode. Dieu ! Que j’ai de choses à dire, et si peu les moyens de les faire entendre ! Oh ! Comme les rares qui me suivent allaient comprendre, peut-être enfin, les choix qui président à mon engagement, sa finalité, ses méandres qui suivent ma pensée parfois flottante au bord de cette crise, qui nous affecte tous et qui nous fait réagir, chacun à notre manière, mais de façon plus cohérente qu’il n’y paraît de prime abord ! Cela aurait été un beau cadeau de Noël à me faire à moi-même : entamer le Dire qui m’entrainerait, comme à chaque pas – mais peut-être un peu mieux, un peu plus, à formaliser une pensée, plus que jamais politique, bien que toujours non partisane, qui, à défaut de faire date, ferait peut-être écho à d’autres réflexions elles aussi isolées et qui donneraient ensemble la possibilité de quelques clés d’espoir.

    Hélas, les temps vont trop vite pour l’esprit humain, qui peine à comprendre, sidéré, l’ampleur de l’accélération. Et me voici obligée, par tout ce que je suis, à défendre un ènième canari des profondeurs, qui dort ce soir en prison, pour le quatrième jour consécutif.

    Je ne connais Omar que de très loin. Nous nous sommes croisés, avec la défiance respectueuse de ceux qui, intègres – on se le reconnaît, ont des amis communs mais n’ont pas choisi la même voie – ou bien ne l’ont pas pu. J’ai longtemps fait preuve de naïveté – c’est peut-être encore le cas. Il m’a fallu des années pour comprendre mon rôle dans ce système bien rôdé, qui comme le Blouf d’un roman de science-fiction dont je ne me souviens que de manière lointaine, ronge tout, et d’abord les meilleurs intentions. Je fais partie de ceux, qui à tout le moins, voyant sa convocation, savaient que c’était grave, pour lui et pour tout le monde. C’est que des Omar, journalistes enthousiastes, lanceurs d’alertes ou activistes qui ont le sentiment de faire partie de l’histoire, il y en a tant !

    Bien sûr, je suis plus prudente, moins colérique, aussi, moins jeune, surtout. J’ai cru d’abord pouvoir dire sans conséquences, avant de comprendre que ma manière de dire et de pouvoir le faire était la conséquence même – en d’autres termes que l’utilisation était évidente, mon engagement dévoyé, mes propos utilisés, avant tout comme écran de fumée pour ce qui se poursuivait partout – Partout ! Pas seulement au Maroc, hélas ! Et au fond, je suis comme les autres, un canari dans une mine. Je me suis libérée de ma cage, pas des galeries. Je ne prends pas (ou plus, c’est selon) les mêmes risques, évidemment. Il y en a d’autres, pourtant, dont le premier reste toutefois de n’être pas entendue.

    Que se passe-t-il, quand des influenceurs meurrent assassinés en Irak, en Syrie, en Chine? Que se passe-t-il vraiment pour qu’on enferme des journalistes, des écrivains, des penseurs, en Iran, en Turquie, en Russie, au Maroc ou même en France ? Qu’advient-il de nos enfants lorsqu’une vidéo YouTube retransmise, un tweet ou une manifestation justifie la prison ? Quand une jeune clown idéaliste se fait violer, torturer et suspendre aux grilles d’un parc au Chili? Quand un Omar Radi, qu’on avait déjà empêché d’exercer, après avoir tenté de le flatter, est jeté au cachot de n’avoir pas compris qu’il fallait plier l’échine, parce qu’il ne le pouvait pas ? Les exemples sont légions, c’est le dernier, mais je le connaissais – même de très loin et je suis obligée. #Free_Omar_Radi, oui ! Cela ne servira à rien, je le sais. Ça le sauvera peut-être lui, mais pas nous. Le mettre en prison – ou bien le libérer, aura peut-être l’effet inverse de celui recherché, à savoir calmer les foules. On se rassure comme on peut : une tempête dans un verre d’eau, qui n’affecte pas le peuple, bien occupé d’autre chose.

    Pourtant, entendez-vous les stades et leur complainte ? Entendez-vous ce peuple, qui ne gronde pas aussi fort qu’il ne pleure, dans toutes les couches sociales, ses illusions déçues ? Elles ne sont pas différentes en nature des autres, celles qui agitent Hong-Kong ou l’Amérique Latine. Elles ne sont différentes qu’en histoire et dans ce monde globalisé, l’histoire, désormais plus grande que nos peuples, va dans le même sens. Pas de convergeance des luttes : on s’y applique, à nous diviser en couches de plus en plus fines d’identités contraires et toutes horizontales, mais oui, une convergeance historique vers ce point de total déséquilibre : la fin d’une civilisation et le vitalisme qu’elle exige pour en créer une nouvelle. Et il n’importe pas, alors qu’on croupisse en prison au Maroc, en Russie ou en Amérique Latine.

    Plus concrètement, et pour Omar – donc pour ce cher Maroc que j’ai laissé derrière moi mais qui ne m’a pas quitté, la suite est prévisible, hélas ! Qu’il soit ou non libéré, du fait de la pression exercée par ses amis, par les libéraux, les libertaires, les contestataires et les ONG, il n’est qu’un pion parmi tant d’autres. Et, de Moul’Casqueta au lycéen, il trinque parmi les premiers, mais ne sera pas le dernier. Je pense à tous mes amis qui croient y échapper sans compromission et sans dommage. D’autres l’ont cru avant vous, morts bien plus innocents, dans la stupéfaction trahie de qui se croyaient trop importants – ou pas assez, pour qu’on en fasse cas. L’un ou l’autre, ou un troisième encore qui sera trop universellement perçu comme victime, fera peut-être basculer l’ensemble, mais ça ne sera qu’un prétexte à une crise qui n’est pas la résolution de cet effondrement, seulement un symptôme, que j’estime inévitable et que j’espère transitoire. Je pense à ceux d’entre eux, qui, comme moi il n’y a pas si longtemps, croient encore qu’ils sont utiles, qu’ils vont changer la donne en plein coeur d’une action dont ils maîtrisent les répercussions et leur paraît porteuse d’espoir. Je sais leur amertume future, même s’ils essaient d’en réchapper et y parviennent peut-être. Je pense aux autres innocents, ceux qui ne s’engagent pas et veulent «juste» vivre, comme s’il était possible de résister au vent de l’histoire quand il souffle en tempête. Je n’ai même pas la force de dire pourquoi cet embastillement d’opinion- même si l’insulte est réelle !, est une mascarade, car tous, nous le savons, qu’il faut cacher les oiseaux pour les faire mourir, et d’entre eux, les canaris, ces idéalistes aux poumons trop petits pour respirer ce que leur pureté ne leur permet de considérer que comme une puanteur de charogne. Cette pureté même, celle des Omar de ce monde, même quand ils sont blonds et s’appellent Assange, est dangereuse, mais elle est naturelle face à l’horreur, elle est, proprement innocente – tant bien sûr qu’ils ne sont pas utilisés, ou pire ! Aux affaires, où elle se transformerait en tyrannie brutale, comme à chaque révolution. Un petit tour sur soi-même et on repart n’est jamais une proposition viable, évidemment. Mais il faut de l’espoir et il ne vient de nul part.

    Aux innocents, les prisons pleines, donc, avant que ce ne soit les fosses communes. On en creuse déjà ailleurs, et ce n’est ni innocent, ni hors-sujet. Ce que vous voyez à l’Orient, à l’Occident, au Sud, a déjà lieu au Nord aussi, même si c’est plus souterrain. Et tous, nous sommes concernés. Peut-être pas par Omar, mais alors par un autre, qu’on connaîtra – même de loin, avec ce respect circonspect des cons-frères qui n’exercent pas dans les mêmes conditions et pas exactement dans le même sens. Saurons-nous sauver les innocents de ce monde ou brûlerons-nous avec ? Chacun, nous essayons en conscience ou en déni – parfois les deux, d’avoir une place et de faire sens, pour nous-même, avant tout. Et si la dissonance est si forte, elle nous enseigne l’harmonie par défaut : il y faut toutes les voix, et peut-être d’abord celles des canaris, pour que nous soyons en sécurité.

    Où m’emmènes-tu mon frère, toi qui crie si fort ton autorité ? Où m’emmènes-tu mon frère, où je ne veux pas aller ?

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    Paroles de Fine Ghadi Biya khouya, de Nass el Ghiwane (traduction)

    Ô toi qui est faucon tout orgueilleux,Ô toi qui es coq sur la dune et développe tes ailes,Je n’ai jamais vu une gazelle marcher parce que les éperons le commandentIl n’est pas dans l’humeur des chevaux racés de courber le couEt non plus le fier palmier de donner ses dattes sucrées trop tôtEt si on s’impatiente contre son gré, seul un fruit amer en ressort.

    Ô toi, qui est loup dans les bois et qui rempli la nuit de ses hurlementsÔ mon temps pourquoi n’es-tu pas droit, et pour quelle raison es-tu devenu boiteux ?Moi, tous les humains je les aime, je les aimeMais ceux qui me suffoquent ne me laissent pas m’exprimer

    Où m’emmènes-tu, mon frère ? Où m’emmènes-tu?Coup après coup, qui arrêtera le massacre ?Ne nous reprochez pas alors notre exilNe me reprochez pas l’amour de la femme occidentale,Ce n’est pas une passion passagère.

    Je n’ai pas oublié le bandirJe n’ai pas oublié la kasbahJe n’ai pas oublié le moussemJe n’ai pas oublié que toute rencontre est une possibilité d’amitiéJe n’ai pas oublié quand les religieux chantent le coranJe n’ai pas oublié mon douarJe n’ai oublié pas ma tribuNi le temps des moissonsJe n’ai pas oublié ma vieNi les gens remplis d’amourNi mes gens pleins de détresse.

    Où m’emmènes-tu, mon frère ? Où m’emmènes-tu?

    Ne m’a tracassé ni ne m’a coûtéQue la séparation avec les amisNe m’a tracassé ni ne m’a coûtéQue le chant du CoranNe m’a tracassé ni ne m’a coûtéQue notre soleil, sa lumière qui est celle d’une braiseNe m’a tracassé ni ne m’a coûtéQue nos étoiles, qui ont la beauté d’une pleine lune.

    Où m’emmènes-tu, mon frère ? Où m’emmènes-tu?

  • Nouveau Citoyen Numérique

    Archive du Podcast du Bout du Monde — épisode 30, publié le 20 novembre 2019.


    Voilà un an que les Gilets Jaunes manifestent dans mon pays et le nombre de blessés et mutilés graves est effarant, sans qu’aucune sanction ne soit prise ou même envisagée : c’est donc un permis de brutaliser qui a été donné, sans coup férir, si j’ose dire. En Bolivie, Jeanine Añez, la présidente par intérim de ce qu’il faut bien appeler un coup d’état, renie sa terre natale et ses ancêtres probables pour bouter Pachamama hors du pays et signe un arrêt interdisant de poursuivre pénalement les policiers agissant durant les manifestations. 27 morts and couting, un permis de tuer, en somme.

    Au Chili, la répression des manifestations utilise toutes les armes, surtout les plus dégueulasses, 22 morts officielless mais surtout, des mutilations, tirs à balles réelles, tortures sexuelles, physiques et psychologiques, comme au bon vieux temps de tous les temps autoritaires, en fait. Ce n’est pas pour surprendre au Maroc, où le viol de Zefzafi n’est pas exactement inaperçu, mais presque. On est de toute façon trop occupé à essayer de camoufler les 14 millions de vues Youtube du rap au vitriol d’un mauvais citoyen à qui on fait un mauvais procès pour de très réelles peurs. En Irak, plus de 330 morts dans l’indifférence générale suite aux révoltes (oui, là aussi), qui s’y déroulent depuis octobre. Qui a encore des larmes pour ce qui fut une grande civilisation mais n’est plus qu’un champ de ruine au sous-sol pétrolifère ? En Iran, on brûle des Corans pour protester contre l’augmentation brutale du prix de l’essence ; la répression est à hauteur du péché et du risque de contagion : plus d’Internet et plus de 106 morts selon Amnesty International, 1 manifestant, 4 policiers tués selon les autorités. A l’ONU, on table sur quelques dizaines sans plus de précision et Twitter multiplie ses hashtags, pendant qu’officiellement, le calme revient, « complot de l’étranger » déjoué. A Hong-Kong, rien ne va plus. Nous entrons de plain-pied dans l’insurection, version guerilla / début de guerre mondiale. En tout cas, la Chine envoie l’armée, la police promet de tirer à balles réelles, les Etats-Unis menacent la Chine de représailles, qui proteste à son tour tandis que les protestataires, enfin les insurgés, enfin, ceux du campus, quoi, tiennent toujours derrière leur barricade, malgré les charges répétées. On n’en est plus aux seuls liquides indélébiles pour marquer les manifestants, techniques des parapluies et maquillage anti-reconnaissance faciale ; cette révolte est organisée, technologique, les hong-kongais sont déterminés, entrainés et putain de motivés.

    En même temps, à leur place, je le serais aussi, tant la manière moderne, ô combien moderne de la Chine de gérer ses citoyens est flippante. Je veux dire, vous en avez tous entendu parler, non, de leur système de note sociale, pouvant vous donner des «privilèges» comme vous coûter toute putain de liberté personnelle, tels que voyager, faire un crédit, louer un appartement, vivre, quoi, merde !

    Vous le savez, qu’ils ont enfermé les Ouïgours, et puis tant qu’on y est, tous les musulmans, pour leur apprendre à vivre en les découpant en petits bouts, n’est-ce pas ? C’est pas des contes pour enfants où les chinois seraient des ogres. Le problème, c’est que, de manière franche ou sournoise, cette façon de considérer le citoyen comme un animal à discipliner à coup de carottes et de bâtons, en se disant que sur l’élevage, on peut en perdre un quantième pour que les autres ne se révoltent pas, elle est globale. Et ce n’est pas que les chinois soient des salauds, c’est que leur gouvernement est chargé d’administrer de manière efficace et productive une population d’1,5 milliards d’humains, qu’il ne peut matériellement pas considérer comme des individus. Alors, il fait du traitement statistique, parce que ça, c’est ce que la science lui a dit de faire. Que la Vérité était dans le chiffre, le rendement, l’efficience et la reproductibilité du modèle. Un siècle ou presque de communisme sur des millénaires de respect des ancêtres confucianiste… Après l’humiliation de la confrontation avec l’Occident, les chinois sont prêts à tout pour récupérer leur orgueil civilisationnel.

    Et ils vont y parvenir… Au prix de ce rêve, cette illusion qu’a été le citoyen, libre et égal en droits, que l’on a cru universel tout en l’imposant de façon unilatérale et généralement inique à des populations du «sud» subordonnées que ces droits ne concerneraient vraiment que lorsqu’elles l’auraient méritées, c’est-à-dire deviendraient développées. En l’attente de quoi, les exploiter revenait à les aider et leur apporter les bienfaits de la civilisation, amen ! L’Afrique, continent le plus riche du monde, continue à souffrir de ce cynisme hypocrite.

    Et pourtant, là n’est pas la question. Ou alors si, il y a beaucoup de cynisme et énormément de points aveugles dans cette civilisation occidentale dont la domination rompt de partout à la fois. Cette propension à se croire penseur de l’universel tout en faisant l’apologie de l’esclavage n’est pas propre à Voltaire, mais à cette pensée toute entière fermée à ce qui n’est pas elle et qui a opprimé, ravagé, détruit une part considérable des civilisations humaines comme de la planète… Qu’elle a formée à son image, aveugle à la diversité, seulement obsédée par la quantification, classification et rationalisation. On a voulu tout comprendre, tout apprendre, tout dominer, tout disséquer, tout faire, plus rien ne taire du monde et de ses mystères et donc on les a nié, tout simplement, du plus petit aux plus grands. Collectivement, nous souffrons d’intellectualisme, nous sommes allés tellement loin dans la conceptualisation que désormais, plus rien n’est vraiment concret, ni l’argent, ni le temps, ni le bonheur, ni la nourriture – dont on se méfie, ni les liens, ni le sens. Et dans cette rationalisation passionnelle, sauvage, mortifère, nous avons voulu définir l’universel sans rien voir au dehors. Parmi ces concepts, héritiers des Idées de Platon, il y a le Citoyen, ses Droits, sa Charte.

    Cette idée-là, j’en suis nostalgique. Oh ! Pas dans l’inégalité dans laquelle elle s’est déployée dans le monde, non. Pas comme d’un temps que j’aurais vraiment connu où cette idée aurait réellement été incarnée. Les «autres», opprimés du camp d’en face, quel qu’ils soient, ont toujours existé dans ma mémoire d’enfant. Je voyageais beaucoup, je n’étais pas aveugle. Pourtant, au fond de moi a subsisté longtemps cette indécrottable naïveté, suffisance imbécile de qui pensait savoir, que demain, enfin vraiment, il était temps ! Nous nous rendrions compte que nous étions, de fait, réellement libres et égaux en droits, que toute discrimination était insuportable et qu’on en viendrait à bout : impérialisme, autoritarisme, racisme, sexisme, you name it et à quelle qu’échelle que ce soit ! No pasaran, toussa, toussa, le vent de l’histoire nous portera. Sans pour autant être politiquement engagée ou partisane, en prime. Non, j’y croyais dur comme fer, comme à une promesse, une évidence naturelle que les enfants, ce sont les mêmes, à Paris ou à Gottinguen. Je m’estimais déjà très sage d’attendre de la nature humaine qu’elle ne change pas trop, du moins pas au point de me laisser aller à croire en l’illusion de la génération précédente, le communisme, hahaha ! Mais enfin, le libéralisme aussi promettait le bonheur et l’avenir. Le temps de devenir adulte, la technologie se révolutionnait. Cela m’a bien distraite 10 ans avant que le hasard ne me force à regarder le monde en face un peu plus. Depuis, 10 ans ont encore passés à apprendre, et en ces 20 ans que le siècle a déjà, le monde, ses idées et ses idéaux ont totalement changés.

    De la même manière que le communisme s’est écroulé, le libéralisme meurt : ce n’était pas possible, cela ne tenait pas compte de la nature humaine et générait trop de contradictions internes in fine invivables, surtout sans pôle contraire pour le contenir. J’en suis l’enfant et, comme les anciens de l’Est à l’effondrement soviétique, j’en garderai une part de nostalgie.

    Mais à dire vrai, enfants du libéralisme, de l’impérialisme ou du communisme, nous sommes tous coincés dans le modernisme. Ou post-modernisme, enfin, comme vous voulez. Dans cette pensée civilisationnelle, en tout cas, productiviste et effarante d’inhumanité qui s’incarne dans l’économie mondialisée, le traitement de masse de l’information et l’adaptation forcé de l’humain à ce qui était censé être son esclave à jamais consentant, la machine. Au fur et à mesure que nous réagissons, traqués, les illusions identitaires ne déguisent que le même traitement binaire et standardisé. Tous nos gouvernants, quels qu’ils soient, tels des marionnetistes, jouent sur le sentiment national, religieux, civilisationnel pour justifier de nous forcer dans un moule de plus en plus unique, de plus en plus inique, contre l’autre, mais tous les mêmes ; tous séparés de méfiance en revendications les uns contre les autres, mais tous conformes au manuel du parfait petit citoyen numérique. Le libéralisme craque, mais seulement en tant qu’idéal, bien mal déployé, tout comme le communisme, ni plus, ni moins. Ici et là renaissent des légendes nationales qui refondent les guerres de domination de demain, mais personne ne peut remettre le génie technologique dans sa lampe et nous ne savons pas «gérer» (puisque c’est le verbe du siècle) l’échelle du monde sans cette pensée limitante. Ce qui nous reste n’est plus un idéal, ni même des idéaux adverses, comme tradition versus modernité essayant de construire un nouveau paradigme car nous ne sortons pas du paradigme. C’est un trou noir en forme d’éléphant au milieu de la pièce : l’autoritarisme comme seul horizon perceptible, réalité concrète déployée désormais partout, et qui plus est, privatisée, automatisée, science sans conscience, bref, ruine de l’âme.

    Le joyeux et censément universel citoyen un peu frondeur, à l’humour un brin lourd qui a bercé mon idéal d’enfance est mort, soit. Que peut être le citoyen de demain ? Le numérique, qu’on nous propose, le statistique, le quantifiable et mesurable que l’on connaît n’existe pas et ne peut pas exister. Les révoltes partout en sont la preuve. Il ne s’agit pas de mater, nous ne sommes pas que des bêtes, encore moins des machines et Pavlov n’a pas raison tout le temps. Il faut un contrat social et il ne peut pas se limiter à l’acceptation plus ou moins grimaçante d’une fausse diversité parée de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel – ou bien à son contraire, tandis qu’on culpabilise les pauvres et les statistiquement ou socialement non conformes de ne pas être performants ! Il faut une justice, un sentiment d’humanité, du lien, du sens, quelque chose auquel se raccrocher…

    Et si, comme je le crois, l’échelle contemporaine est irréversible sans catastrophe, comment allons-nous concevoir notre universel ? Au moment où la civilisation des Lumières ne montre plus que ses ombres, il est temps de s’interroger sur ce que l’on en garde et ce que l’on en jette avec l’eau du bain. Mon frère, toi l’étranger citoyen du même monde, tous Caïn et Abel en même temps, dis-moi, où allons-nous comme ça ?

  • Stupeur et ecroulement

    Archive du Podcast du Bout du Monde — épisode 29, publié le 19 septembre 2019.


    Moi qui voulait m’arrêter 4 jours pour travailler techniquement mon format, voilà que j’ai arrêté 4 semaines pour ne pas vraiment en changer. Les raisons en sont multiples et les excuses, dans l’ensemble, foireuses, de votre point de vue, je suppose. Il y a un mélange : effectivement, une mise à niveau technique de mes compétences s’impose. Etre une bonne journaliste radio ne fait pas de moi une podcasteuse et j’ai tant à apprendre ! Seulement, je vous mentirais si je vous disais que j’y avais passé ces quatre semaines. J’y ai passé 4 jours, ce que j’avais prévu initialement, et puis les bras m’en sont tombés pour le moment. Mais bon, j’ai des excuses : d’abord, j’ai l’espagnol à apprendre, un nouveau pays dans lequel faire ma place et puis, il faut que je trouve les moyens de ma subsistance, mes bons ! Parce qu’il est peu probable que ce podcast devienne viral très vite ou même tout court, soyons réalistes. Ben oui, le monde va vite, très vite, trop vite et directement dans le mur. Et ça, c’est la vraie raison de mon silence ces dernières semaines.

    Je ne suis pas surprise, l’analyse me faisait pressentir que nous en arriverions à l’énorme bordel auquel nous assistons en ce moment. Cependant, dans ce genre de cas, on espère toujours se tromper. Et puis de fait, je prévoyais un énorme bordel et c’est bien ce que l’on a, sur fond de crise économique et crispations identitaires favorable à une bonne guerre des familles. Cependant, les détails du bordel sont impossibles à prévoir, difficiles à analyser et franchement trop rapides pour que vous m’appeliez Nostradamus. D’ailleurs, tous, nous le sentions, que le bordel nous attendait. C’est peut-être pour cela qu’en ces quatre semaines, les protestations, plus ou moins dramatiques ou festives, ont flambé partout ! Et c’est définitivement pour ça que je me suis retrouvée coincée : tout va trop vite pour qu’un podcast quotidien puisse isoler et mettre en lumière les choses les plus importantes.

    Une des règles fondamentales en journalisme peut être théoriquement mise en équation : le moment idéal pour parler d’un sujet, c’est quand la tension sensationnaliste s’évapore un peu (donc pas immédiatement) car on risquerait de ne pas avoir assez d’infos vérifiées. Mais comme l’intérêt du public se dissipe vite, il faut traiter du sujet dès que l’analyse est possible (donc pas dans longtemps). Ça, c’est la théorie : la tension entre infos vérifiées et intérêt du public, pondérée par votre capacité d’analyse plus ou moins rapide vous donne le temps idoine de publication. Mais là, comment voulez-vous ? Le temps n’a plus la même valeur ! Bon, ça a toujours été un truc très élastique, le temps. Mais en ce moment… Tenez, rien qu’en politique, si on ne parle que des protestations qui secouent le monde entier. Pas des guerres, pas des élections, même pas de toutes les crises, non ! Juste des protestations.

    On a, ou on a eu, ces quatre dernières semaines, en Amérique Latine :

    – le Pérou qui sort à peine une crise politique, économique, institutionnelle majeure, avec dissolution du Congrès VS suspension pour un an du président. Bon, finalement, il a pu reprendre le pouvoir et former un nouveau gouvernement, mais pour combien de temps ?

    – la Bolivie où la victoire au premier tour du président sortant Evo Moralès provoque des violences incrédules ;

    – l’Argentine, où le retour de la gauche a fait plonger l’économie (encore) un peu plus, si c’était possible ;

    – le Vénézuela, n’en parlons pas, 4600 % d’inflation and couting… La rue ne cesse de protester, puis de se calmer, puis de protester ;

    – la Colombie, où les indigènes sont massacrés, dépouillés et maltraités à tour de bras au fur et à mesure que Bolsonaro défriche l’Amazonie sur fond de protestations générales de plus en plus vivaces ; Paraît que le ministre de la défense a démissionné hier. Il aurait bombardé des enfants, dans un campement dissident des FARCs ;

    – Et bien sûr, le Chili, en état d’exception, avec couvre-feu et tout et tout, tout ça pour l’augmentation du prix du ticket de métro qui a suffit à déclencher une vague de protestations contre les privatisations qu’on ne sait pas éteindre, tandis que la situation économique est de plus en plus tendue et le droit des travailleurs réduit à quia.

    En Europe, à vu de nez, on a :

    – La France, qui est à un an de protestations pourtant réprimées avec une violence physique, policière, judiciaire, politique, médiatique, symbolique insensée ; Où l’on en est à insulter les pauvres, les noirs, à préconiser le tir à balles réelles entre bons démocrates médiatiques ;

    – La Catalogne qui flambe ;

    – Et bien sûr, le Brexit, qui n’en finit pas de ne pas savoir ne pas se faire – ou l’inverse, je m’y perds.

    En Asie,

    – l’Indonésie proteste (toujours mais on n’en entend plus parler) contre la révision du code pénal et l’introduction de lois liberticides : deux étudiants tués, des centaines de blessés, une broutille, finalement comparé à :

    – Hong-Kong, bien sûr, dont les manifestations, là encore réprimées avec une violence inouie, ne s’arrêtent pas depuis juin. Le décès d’un étudiant tombé lors d’une manifestation va encore réenflammer les choses.

    En Afrique,

    – l’Algérie ne sait toujours pas bien où elle en est et qui dirige quoi. Ce qui est sûr, pourtant, c’est que les mois passant, les passants insouciants de cette révolution dont nous étions si fiers sont de plus en plus acculés par des généraux affairés.

    – le Soudan manifestait pour réclamer la dissolution du NCP, l’ancien parti au pouvoir que ces mêmes protestations, en vigueur depuis 2018, avait fait perdre aux élections, mais c’est pas ça qui fait baisser le prix du pain. Pas de nouvelles depuis mi octobre, cela ne veut pas dire qu’il ne s’y passe rien. Le Soudan du Sud espère éviter la guerre civile, une fois de plus. 100 jours, titrent les journaux, comme si 100 jours pouvaient changer la donne d’un pays qui n’a pas les moyens d’en être un.

    – la Guinée, où l’idée d’un troisième mandat d’Alpha Condé, proposée en réforme constitutionnelle, ne passe pas et fait officiellement 17 morts, mais ce n’est que le début.

    – Le Tchad, où les fonctionnaires ne sont pas payés et les protestations continuent, de plus en plus violentes. Je ne parle même pas de la guerre au nord du pays, hein. Juste des protestations.

    Et ça, c’est que ceux que j’ai vu passer, parce que je suis sûre qu’en cherchant bien, il doit y en avoir d’autres.

    -Tenez, par exemple, le Liban, où, dans la bonne humeur on termine la quatrième semaine de manifestations. L’Egypte en a marre de la corruption et sporadiquement mais régulièrement, la place Tahir flambe… Je doute que les femmes y soient mieux traitées que la dernière fois. Le Brésil n’est pas loin de l’éclatement non plus et l’Equateur était dans la rue il y a 3 semaines à peine. Au Maroc, 3 rappeurs au flow pas mauvais du tout se sont directement attaqué au Roi. Et si cela n’est pas une manifestation très importante, au niveau symbolique, elle est inégalée. Deux d’entre eux sont en tôle. Je n’ose imaginer ce qui leur arrive pour avoir dit tout haut ce que pensent beaucoup trop de jeunes marocains désargentés, avec quelques raisons, hélas.

    Bref ! C’est l’éclatement systémique des systèmes politiques contemporains et il n’y a pas grand-chose à y faire. Du fond de notre impuissance incrédule, nous ne pouvons que constater un fait, intéressant, c’est que les raisons en sont toujours les mêmes partout, à Santiago ou à Gottinguen : crise économique et sociale, perte de sens et d’identité, éclatement des valeurs communes au profit de communautés de plus en plus restreintes aux intérêts divergeants, provoquant des luttes horizontales et donc, plus aucun contrôle réel sur la verticalité de l’état, laquelle limite de plus en plus les libertés individuelles d’une façon d’abord pernicieuse, puis féroce, au fur et à mesure que le fichage total des populations s’effectue. Bref, oui, cette crise est civilisationnelle, et notre civilisation mondalisée ne laissera personne échapper tout à fait aux problèmes que cela va engendrer. Pour autant, cela ne signifie pas que cette crise, allez, cet effondrement, pour être majeur et systémique, se fera dans les mêmes conditions et pour les mêmes conséquences partout. Chaque pays, chaque région du monde a sa propre histoire, ses contraintes économiques, sociales, géopolitiques, son système judiciaire, sa politique intérieure, sa sphère culturelle, religieuse, etc. qui tous auront leur importance pour la sécurité et les perspectives d’avenir des populations. D’ailleurs, tous ne sont pas partie prenante de cette civilisation en déconfiture de la même manière.

    C’est porteur d’espoir : rien n’est perdu, au fur et à mesure que les choses se décantent, des solutions, bonnes ou mauvaises, plus probablement mauvaises que bonnes dans un premier temps, mais des tentatives, en tout cas variées de réponse à cette situation voient le jour ou vont le faire. En revanche, tout cela demande plus de travail à comprendre et expliquer que je ne peux humainement en fournir : à peine ais-je le sentiment d’avoir pris la mesure d’une information que quatre autres me sont passées sous le nez. D’autant que je ne suis pas imperméable non plus à l’émotivité de réaction face aux petites phrases de provocation, à la stratégie du show-bizz politique tel qu’il se passe maintenant, quand bien même j’ai une conscience aigüe du décalage de plus en plus abyssal entre ce qu’il se produit sur la scène géopolitique et ce qui en ressort dans les informations. Rien que cela me prend un temps fou. C’est le prix de l’indépendance, aussi. Je n’ai pas accès à plus d’informations que vous, individuellement, à peine plus d’entrainement et d’outils. Revenir sur le délire provoqué, réactif, à l’information quelle qu’elle soit, me recentrer et recommencer à me poser des questions cons comme la lune, mais salvatrices : mais attends, pourquoi on me dit ça ? Qu’est-ce que je sais vraiment de cette situation, de ce pays, de ce problème ? Qu’est-ce que je peux en apprendre ? Revenir aux fondamentaux de l’analyse, toujours. Ne pas devenir paranoïaque. Mais par-dessus tout, en ce qui me concerne, envisager l’avenir, et me positionner en accord avec mon éthique et mes contraintes d’existence. Cela implique une projection du désir qu’il est difficile à chacun d’avoir pour soi-même en ces temps incertains. D’ailleurs, on le voit, le déclinisme, le récit pré-apocalyptique est omniprésent, entretenu par la sphère politique. Nous sommes envahis, en danger de grand remplacement, sans compter la montée des eaux, la destruction de l’écosystème, la pollution, etc. ad nauséum et bien au-delà. Comme pour mieux nous paralyser, nous prépaper à tout accepter qui ne serait pas tout à fait aussi définitif.

    Bref ! Comme beaucoup, je suis perdue. Peut-être un tout petit peu moins que ceux qui pensent avoir tout compris et détenir, du fond de leur radicalité respective, la solution à tout, mais à peine. Et je ne veux ni être manichéenne, manipulée ou dévoyée, non plus que pérorer sur bien trop gros pour moi du fond d’une lucarne trop étroite sur le monde pour comprendre les conséquences de mes propos. Et bien sûr, jamais je ne reviendrai au journalisme tel qu’il est en train de devenir. J’ai trois domaines de prédilection et disons, d’expertise relative : la géopolitique, elle m’horrifie, tout du moins en tant que ce qu’elle ferait de moi si je devais réellement en faire mon métier, quoiqu’en pense mon mentor premier dans le domaine, mon cher ami Gabriel ; le journalisme, il me dégoûte ; et la culture, elle disparaît, des ministères, des discours médiatiques, politiques et même de l’éducation un peu partout dans le monde.

    Que voulez-vous que je vous dise ? Si ce n’était pour vous, qui me tirez par le bras pour que je continue et pour le sentiment d’urgence de dire au moins un peu de tendresse, d’envie, de joie, de feu, de putain de désir d’humanité à partager sans naïveté pour autant, juste un peu d’empathie, un peu d’analyse avant de vouloir, par panique, se foutre sur la gueule les uns les autres, je me replierai encore un peu plus que je ne l’ai fait au fond de ma jungle. S’engager, c’est bien, mais pour quoi et comment ? Parler, oui, mais de quelle manière s’y prendre pour faire dérailler le train du délire ? Dans l’intervalle, comme vous tous, j’essaie de vivre et cela a sans doute plus de sens que tout. Pardonnez-moi, je vous reviens !

  • Il est l’or

    Archive du Podcast du Bout du Monde — épisode 27, publié le 17 septembre 2019.


    Je suppose que vous avez tous suivi l’attaque au drone sur l’affinerie de pétrole Abqaiq en Arabie Saoudite, la plus grande usine au monde de traitement du pétrole brut ? 5 % de la production mondiale en moins sur le marché… Forcément, cela a fait remonter le cours du pétrole. Mais avant de revenir sur cette question (le pétrole, c’est une juste une p’tite lecture critique de la politique des 150 dernières années, c’tte affaire, un rien à résumer), j’aimerai faire un point sur l’or, qui lui aussi a remonté, du coup. Alors, rassurez-vous, bonnes gens, y’a rien à voir, nous dit-on sur tous les sites d’analyse boursier, ou presque : les marchés ont repris, et le pétrole comme l’or ont repris leur cours normal… Mais est-il exactement normal, le cours de l’or ?

    D’une part, il a pris 15 % cette année, il est à plus de 1500 dollars l’once. Oui, parce que ça aussi, ça s’échange sur les marchés en dollars… A Londres ! Ah ! Les merveilles de la mondialisation ! Pour ceux que ça intéresse, l’or physique, il est toujours en Suisse. Déjà, c’est toujours là qu’il est raffiné et purifié, au sortir des mines, un peu partout dans le monde, où les ouvriers sont douchés au karcher et fouillés jusqu’au rectum à chaque sortie de shift, quand il ne s’agit pas d’enfants (ben oui, dans les mines fermées, ils se faufilent partout). Mais si les mines sont partout, l’or physique en Suisse, sa cotation à Londres en dollars, les entreprises qui possèdent les mines ne sont pas forcément, voire très rarement de la nationalité du pays détenteur des ressources.

    Tenez, prenons Barrick, qui vient de fusionner en janvier dernier avec RandGold. Une entreprise canadienne, qui rachète, soyons clairs, une africaine et possède de ce fait 5 des 10 mines d’or les plus rentables du monde, au Nevada, en RDC, en République Dominicaine. Leur production annuelle combinée est de plus de 250 tonnes d’or. Vous imaginez ça ? Newmont Mining, américaine, plus de 150 tonnes par an produit dans ses mines en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique. Ah ! Je suis injuste, aussi un peu aux Etats-Unis. Goldcorp, canadienne, 100 tonnes par an : quatre mines au Canada, trois au Mexique et quatre en Amérique centrale et du Sud. Kinross Gold, canadienne toujours, travaille au Brésil, au Chili, au Ghana, en Mauritanie, en Russie et aux États-Unis. Alors, il y a quelques mines nationales. En Ouzbékistan, par exemple, le Navoi Mining and Metallurgical Combinat produit de l’ordre de 70 tonnes par an. Seulement, c’est là l’expression de la volonté d’un état qui investit lourdement dans ses infrastructures aurifères, et que personne n’aide sur le marché mondial, soyez-en certains ! Et bien sûr, certains pays ont un regard très impliqué dans la gestion des entreprises minières, privées mais nationales, qui opèrent sur leur territoire, comme la Russie, par exemple. Mais dans l’ensemble, sur ce secteur tout de même assez stratégique, le marché est mondialisé, privatisé et sujet à un nombre de tours de passe-passe assez délirant.

    Mais d’abord, pourquoi c’est stratégique, l’or ? Et lequel ? Le physique ou son cours ? Le physique théorique ou concret ? Le raffiné, l’industriel, l’orfèvrerie, le potentiel, celui d’hier ou celui de demain ?

    Tous ceux qui boursicotent un peu vous diront que l’or est une valeur refuge. Ben oui, son cours est relativement stable, il constitue donc un placement dont le rapport est faible à négatif, mais qui ne se dévalue jamais vraiment et flambe en cas de crise de confiance en la monnaie. Avoir de l’or à Londres signifie le prêter à très court terme, du 3-6 mois, on n’est pas du tout dans les temporalités de la banque normale, là. Mais c’est un putain de boost à une économie, une petite injection d’or pour racheter de sa monnaie, éviter une inflation, ou faire la bascule en termes de financement. Les taux sont bas, ils payent à peine la sécurité du coffre-fort. Mais ça rend tout facile d’en avoir. Ça graisse les rouages, Bretton Woods ou pas. Le dollar, c’est bien, mais Picsou vous le dira, lui, ce que c’est qu’un bon bain aurifère, on a beau dire, on n’a pas ça avec les bitcoins ou les bons du Trésor américains. C’est ce pourquoi, à chaque signe d’une tension géopolitique, ses cours remontent, comme en ce moment. En 2011, entre la crise européenne et le Printemps Arabe, il avait dépassé les 1900 dollars l’once, avant de s’effondrer au sortir de crise – ce qui a achevé de ruiner la Grèce, un pays qui possède tout de même pas moins de 300 000 tonnes dans ses sous-sols… Qu’il ne contrôle pas ! Et puis, bien sûr, il y a l’effet de la dévaluation du dollar, qui est très bas, en ce moment. Naturellement, cela fait remonter le cours de l’or, qui ne change pas de valeur en absolu.

    Bref, au niveau boursier, vous le voyez, il grimpe, mais ce n’est pas encore la ruée. Pourtant, plusieurs indicateurs devraient faire que cela s’enflamme, au fur et à mesure que la guerre commerciale sino-américaine se poursuit. D’abord, la Chine comme la Russie larguent leurs devises américaines pour acheter de l’or en flux tendu depuis plusieurs années, maintenant. Ensuite, les grands possesseurs d’or sur les marchés qui vendaient il y a encore un an sont passés à la commande d’achat à terme. Si le mouvement se poursuit, c’est-à-dire si les marchés continuent d’acheter non seulement l’or qui passe mais l’or qui va être produit sans intention de le revendre, c’est mathématique, l’or va grimper. Et avec lui, l’argent, au plus haut depuis longtemps, dites-donc ! Encore très bon marché, certes, mais un bon investissement quand même, il suit le cours de l’or, est utile en industrie, fait des jolis bracelets qu’on ne réquisitionne presque jamais en cas de trouble, bref ! Pas une mauvaise affaire, bon an, mal an.

    Au niveau réel, maintenant que la Suisse a été obligée de lever son secret, on en sait beaucoup plus sur l’un des plus gros et plus anciens centres de raffinage du monde. Entre 2 400 et 2 600 tonnes d’or brut arrivent tous les ans en Suisse. Une fraction ne repart pas et, discrétos, la Suisse dont la balance commerciale globale est largement positive, est déficitaire sur le commerce de l’or. De fait, elle est le 7ème pays le plus riche en or du monde, sans avoir une seule mine encore ouverte depuis 1954 ! Et encore, elles étaient pas bien grosses. Selon ce même classement, les Etats-Unis possèdent la première réserve d’or au monde, tandis que le FMI se trouve en 3ème position des possesseurs de lingots, juste après l’Allemagne. Le FMI qui ne doit pas avoir beaucoup de mines chez lui, vu qu’il n’a pas de territoires, n’est-ce pas ? A côté de ça, le Pérou, l’un des pays aurifères les plus riches – et ce depuis toujours ! est 54ème sur la liste… Le Canada, qui a des mines et de très grosses entreprises de minage, walou, pas de réserve d’or ! Bref, le droit du sol n’est clairement pas le droit à l’or. Et puis dans tout ça, y’a l’or réel et l’or théorique ! Par exemple, le Maroc est censé posséder 22 tonnes d’or, mais elles sont détenues à Londres. Que se passerait-il si le Maroc voulait rapatrier son or ? Bon, je ne m’inquiète pas, le Roi doit en avoir 100 fois ça et les marocains ont la thésorisation ceinture dans le sang. Les pays CFA ont la moitié de leur réserve en France, bézef, yek ? Là encore, sortir du franc CFA n’est pas une mince affaire… Quant aux Etats-Unis, plus gros possesseurs d’or du monde, n’est-ce pas ? La Russie les accuse de n’avoir en réalité plus un gramme dans leurs coffres et c’est bien possible, quand on se souvient de quelques réponses embarrassés de certains, suite à quelques leaks très vite enterrés. On comprends pourquoi Merkel a rapatrié l’or allemand et l’a montré en exposition au peuple… Pendant que Macron, discrétos, en filait le contrôle à JP Morgan, tiens donc, mais pourquoi diable ?

    Je vois aussi sur le classement des pays du Moyen-Orient sans réserve d’or ou presque, quand le moindre émir Bidule a trois chiottes en or par chambre de ses nombreux palais et des bagouzes à chaque doigt, ne serait-ce que pour filer aux putes. Je ne voudrais pas surjouer le cliché, hein, ils ne sont peut-être pas tous comme ça. N’empêche que je trouve les super riches de plus en plus indécents, en Arabie Saoudite comme en Malaisie, tiens, où navigue « History Supreme », un yacht de 30 mètres fabriqué avec 10 tonnes d’or et de platine. En fait, il n’est fait que d’or et de platine, le bouzingue, et il appartient à un certain Robert Kuok, sans doute grand patriote et homme de distinction, lui qui fout dans son joujou l’équivalent d’1/4 des réserves d’or du pays tout entier. Là encore, attention, je distingue le bas de laine des familles, qu’elles soient bourgeoises européennes ou encore ancrées dans la tradition, comme en Afrique ou en Inde, des monstruosités éblouissantes et kitchissimes des mégalos de ce monde. D’autant que, en cas d’effondrement économique d’un pays, y’a de fortes chances que ce soit plutôt le bas de laine qu’on réquisitionne que le bateau, mais sait-on jamais ? Oui, parce que l’or possédé par les populations est stratégique aussi. Regardez comme en Pologne, on a récuré les migrants syriens de leurs bijoux de famille ? Ben en cas de guerre ou de gros problème, il devient interdit de posséder de l’or, qu’on doit rendre aux banques chargées de la collecte, contre un pognon qui n’a plus aucune valeur. Ça s’est vu 100 fois, ce pourquoi il est très difficile de rendre transparentes, comme le voudraient les états, les transactions en or. Les gens préfèrent acheter de l’or anonymement, des fois qu’il y ait des listes qui trainent…

    Pour résumer, l’or, qui s’extrait depuis l’antiquité mais jamais autant que depuis 50 ans est un marché en pleine expansion. Des mines sont découvertes tous les jours, sous les ex forêts brûlées, sous la glace du Groënland, etc. Et pourtant, il grimpe, tandis que même lui, la plus concrète, la plus infalsifiable des monnaies, connaît des tours de passe-passe incroyables, un coup l’est là, un coup l’est plus. Il a le don d’ubiquité : stocké ici, échangé là, possédé ailleurs et produit, khalas ! N’importe où dans le monde et à n’importe quel prix. Un signe de plus de la récession prochaine et des tensions qui l’accompagnent… Ou des tensions et de la récession qui l’accompagne ? Mhum… En tout cas, si j’étais vous, je n’hésiterais pas trop à acheter ce joli petit bracelet qui vous fait de l’oeil. Il vous ira bien, si, si si ! Et sans facture, yek ? En liquide !