Rêver d’été

Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 20 juillet 2018.


« Quand à peine un nuage,

Flocon de laine, nage

Dans les champs du ciel bleu,

Et que la moisson mûre,

Sans vagues ni murmure,

Dort sous le ciel en feu

[…]

Qu’il fait bon ne rien faire,

Libre de toute affaire,

Libre de tous soucis,

Et sur la mousse tendre

Nonchalamment s’étendre,

Ou demeurer assis »

Cela, c’est Théophile Gauthier, qui l’a dit. Ça date, mais pour combien d’entre nous est-ce bien d’actualité ? La responsabilité de la dernière chronique de l’année m’incombe. Lourde tâche ! J’aurais pu lister, une fois encore, toutes les raisons de s’inquiéter, elles sont nombreuses, en interne et en international. J’aurais pu faire un point global de géopolitique. Dieu sait qu’il y a à raconter sur le sujet ! Là encore, d’ailleurs, le Maroc est intéressant. Et puis cette année, faut dire qu’on n’a pas eu la trêve des confiseurs : pim, Trump fait des siennes; pam, l’UE délibère sur le sort de millions de migrants; poum, le Moyen-Orient n’en finit pas de dégénérer. Gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche, d’une horreur à la bêtise suivante, pas le temps de respirer. Mais franchement, y’en a marre ! Je veux dire, Théophile, ‘l’avait raison : y’a des saisons pour tout. L’hiver, on hiberne doucement, on se prépare à la renaissance. Le printemps, on est plein de sève et d’énergie pour faire, mais l’été… L’été, on veut…

« s’écouter vivre,

Et feuilleter un livre,

Et rêver au passé

En évoquant les ombres,

Ou riantes ou sombres,

D’un long rêve effacé,

Et battre la campagne,

Et bâtir en Espagne

De magiques châteaux,

Créer un nouveau monde »

Et je sais que, pendant ce temps, sûrement, des mesures seront prises que l’on découvrira en septembre, et qui nous rendront atones de catastrophe. Je le sais, parce que c’est toujours comme ça, y’a qu’à voir toutes les réformes qui sont passées en France dans l’effervescence du Mondial. Je sais qu’en prime, en cette époque troublée, les choses vont vite. On se dit qu’on va perdre le fil d’une actu qui nous dépasse, et en même temps, on n’en peut plus. Je veux dire, comment survivre au quotidien en surfant d’une gamine arrêtée pour homosexualité à des impolitesses aberrantes de chef d’état orange vif ? Tout est heurtant, pénible, glauque, même. Mais on ne peut pas changer le monde aveuglé par la haine, dégouté, meurtri, amer. Il nous faut nous régénérer et vivre, oui, juste vivre. Sentir le soleil sur notre peau et nous souvenir que le principal est là : nous respirons, nous aimons, nous existons. Alors arrêtons. L’actu, Facebook, toussa. Coupons avec l’angoisse, rompons les amarres. Ainsi, de l’autre côté du soleil, quand il sera temps de s’affairer, dans l’urgence d’une rentrée bousculée, je serais là et vous aussi, pour analyser, tenter de comprendre, décrypter, s’indigner, s’engager, s’émouvoir et imaginer, peut-être, d’autres possibles. Bonnes vacances !