Des liens, le sens
Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 4 mai 2018.
Cette semaine a été dure. Fatigante, douloureuse, parce que la mort, parce que la solitude qu’on ne fait que croiser quand on bouscule un autre dans la cohue mais qui nous attend chez nous, parfois. Je me demande quand ça a commencé. Pas que des drames arrivent, non ça, toujours, bien sûr. Ceux qui vous touchent, les intimes, les indicibles, les inconcevables. Et puis les autres, ceux qui font date mondiale et deuil national, ceux qui horrifient dans les livres d’histoire. Le malheur est de toujours et partout; le malheur est comme l’ombre, mais où est le soleil ?
Oui, cette semaine, ma chronique n’est pas drôle. Mais cette semaine, comme trop d’autres, je suis resté sonnée, KO debout par notre solitude commune. Nous rompons nos liens facilement, nous applaudissons aux chances de ne pas côtoyer l’autre, dématérialiser les relations, d’accord, les plus pénibles, l’administration, la banque… Et puis les courses, les amitiés, les amours, l’éducation… C’est pas demain, on y est déjà.
Nous rompons nos liens « toxiques » avec ceux de nos proches qui nous ennuient, ou sont pénibles ou trop vieux ou trop bêtes, bêtes à manger du foin, bête à crever comme une bête de n’être plus bons à rien. Nous rompons avec nos ex, nous rompons avec l’idée même d’une seule vie, avec un seul mari ou bien une seule femme qui ne deviendra bonne, tantôt que devant le mot femme. Finalement, la modernité, c’est l’égalité : la bigamie séquentielle pour tout le monde, jusqu’au moment inévitable où notre cote baissera et nous laissera en berne, nous sentant bêtes, bêtes à manger du foin et à crever, comme une bête. Si les liens sont toxiques, où est l’antidote ?
Il n’y a pas d’amour sans douleur et pas de lien sans peine. Peine que l’on prend, parfois en plein cœur et parfois en pleine face, à tenter d’aimer l’autre comme il veut, lui, et non pas comme on peut, cahin-caha, à petits pas. Peine que l’on a, à ne pas trop bailler, devant celui-là qui ne nous émeut pas et qui le fait longtemps, mais qui est nôtre, parce que c’est comme ça, on ne choisit pas toujours sa tribu. Peine, ennui, désagréments… A foison, garanti sur facture ! Toujours plus de drames, des intimes, des indicibles, des inconcevables. Les vôtres et ceux des vôtres. Mais du sens, enfin !
Si Dieu existe, il n’est qu’Amour parce que rien d’autre n’est vrai. Et si Dieu est Amour, alors il existe, car on peut le créer tous les jours. Mais il faut cesser. Cesser de compter sans compter sur personne. Cesser de vouloir le pouvoir sans pouvoir vouloir serrer dans son âme un frère meurtri, parce qu’il est trop sale, parce qu’il n’est pas de chez nous, parce qu’il prie pas comme nous ou qu’il est de l’autre côté d’une ligne imaginaire sur une carte déformée d’un globe qui n’abritent pas que nous. Il faut vouloir le lien, supporter qu’il nous coûte, parce que rien d’autre ne vaut, le soir venu, qu’un ami, un amant, un frère.
