• Cessez-le-feu en Colombie : la fin du plus vieux conflit au monde!

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 29 juin 2016.

    Publication originale sur Luxe Radio


    Bon, allez, fin de saison, on entend parler de catastrophes ici et là et nous sommes tous un peu fatigués, alors ce matin, on se détend un peu, avec une nouvelle qui sent bon la Bisounoursie : enfin, le plus vieux conflit armé du monde s’est arrêté. Eh oui, les FARC et le gouvernement colombien viennent de signer un cessez-le-feu historique, après 52 ans de conflit, 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés. Le traité de paix devrait, lui, être signé le 20 juillet, jour symbolique s’il en est puisque c’est le jour de l’indépendance du pays.
    Ça y est, on vous dit. L’accord a été signé à la Havane entre le président Juan Manuel Santos et le chef suprême des Forces armées révolutionnaires de Colombie Timoleon Jimenez, sous le regard de plusieurs chefs d’Etat et du secrétaire général de l’ONU. Ce n’est pas une surprise, ceci dit. Cela fait déjà plus de 3 ans, presque 4 qu’on avance sur la voie d’un arrêt du conflit, de petits pas en grosses avancées, au fur et à mesure que la guérilla s’affaiblit. On sentait bien qu’on approchait de la fin, c’est vrai. Même les clips tournés à Cuba toujours par le service de com. des FARC faisaient dans la modernité du rap et parlaient de paix, c’est dire.
    Bon, la normalisation des rapports entre Cuba et les États-Unis aussi préfigurait la fin des conflits entre une extrême gauche morte et enterrée et des états soutenus militairement et économiquement par la puissance américaine. Il n’empêche, l’accord est historique et va changer la face de la Colombie. Dans les détails, près de 7 000 combattants vont déposer les armes sous contrôle de l’ONU lors des quelques mois à venir et ils seront répartis géographiquement dans 23 zones du pays, réinsérés dans la société, protégés, évidemment, car tout le monde se souvient du raté des années 80, où la tentative de trêve devant mener à une normalisation sous forme de parti politique, l’Union Patriotique, avait mené à l’assassinat de 3 000 FARC dont presque l’intégralité de leurs élus. Au résultat, il aura fallu 30 ans de plus pour que, de coup fourré à gauche en coup bas à droite, on accepte de se refaire un peu confiance. Tenez, l’année la plus meurtrière de ce conflit dont on a presque entendu parler qu’à cause d’Ingrid Betancourt, c’est 2002, pas si vieux, tout ça.
    Alors concrètement, quels sont les défis que cet accord va poser désormais ? Le premier est la justice transitionnelle : il va falloir désarmer non seulement les guérilleros, mais aussi les milices paramilitaires qui les traquaient, indemniser les plus de 7 millions de personnes en droit de le réclamer, réinsérer les combattants des deux bords… Et aussi, enfin, entamer des pourparlers avec l’autre guérilla dont tout le monde se moque un peu, car elle est plus restreinte, à peine 1500 combattants, de l’armée de Libération Nationale inspirée du commandant Che Guevara et la théologie de la libération.
    Mais ça non plus ça ne devrait pas tarder. Par contre, rien de tout cela ne va être gratuit et autant les États-Unis ont débloqué pas mal de fonds d’année en année pour soutenir le gouvernement dans son conflit avec les guérillas, autant la somme promise par Obama pour soutenir l’effort de paix est presque symbolique : à peine 450 millions de dollars en 2017 sans engagement d’aller au-delà, quand la Fondation Paix et réconciliation estime le coût de la paix à 100 milliards de dollars étalés sur quinze ans, incluant les réformes nécessaires, les infrastructures à construire dans les régions sinistrées par le conflit, etc. Tout de même…
    Ceci dit, la paix signifie également une augmentation du PIB car elle devrait permettre d’ouvrir à l’exploitation, en particulier minière, de régions jusque-là inaccessibles et puis la paix encourage les investissements. Les plus optimistes tablent sur 2 % d’augmentation du PIB, les plus pessimistes considèrent que les investisseurs ont déjà profité du climat apaisé pour venir et n’espèrent que 0,3 %, mais c’est déjà ça, dans un pays qui vient de subir, lui aussi un ralentissement économique brutal, passant de plus 5 % de croissance sur les 10 dernières années à seulement 2,7 % en 2015. Mais le plus important pour la Colombie, c’est que la fin des guérillas signifie un coup d’arrêt pour les cartels qui ne seront plus soutenus par l’extrême-gauche. Et ça, c’est vraiment, mais alors, vraiment positif. Pas sûr néanmoins que cela change la position de la Colombie sur cette question, qui veut, comme d’autres pays d’Amérique Latine, qu’on reconnaisse enfin l’échec de la prohibition et de la guerre contre la drogue. Ah et oui, c’est un détail, sans doute, mais bon… on va moins associer flute andine et révolution pour mieux la laisser au rayon des musiques d’ascenseur. C’est déjà ça.

  • Brexit : le séisme

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 24 juin 2016.

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    Hier, je participais à Avec ou Sans Parures et je me suis trompée. Je n’étais pas la seule et d’ailleurs, la semaine d’avant, Reddouan et moi, pour une fois d’accord, nous nous trompions également en chœur. Tous, nous, mais aussi l’immense majorité des analystes pensions le Brexit impossible, que ce serait comme pour le référendum écossais, qu’il y aurait ballotage mais qu’au final… On s’est planté lourdement, on n’a pas su lire les signes pourtant évidents de refus de consentement, on a tablé sur ce qui paraissait raisonnable alors que, clairement, nous sommes dans des temps de crispation, pas de raison.
    Bon, c’est peut-être un peu dramatique comme son, d’autant que la Grande-Bretagne n’est certes pas le seul ami de l’UE, si tant est qu’elle ait jamais été réellement son amie, mais enfin. Le fait est que quelque chose de l’ordre du séisme, oui, une apocalypse au sens de fin d’une époque vient de se produire, c’est indéniable. Hier, alors que jusque très tard, tout le monde croyait au Brexin, les britanniques ont voté pour leur départ de l’union à près de 52%, avec un taux de participation record de plus de 72%.
    Alors désormais, que va-t-il se passer ? Du moins grave au plus problématique, la transition va déjà prendre au moins deux ans, durant lesquels la Grande-Bretagne devrait souffrir un peu d’incertitudes le temps de négocier un statut équivalent à celui de la Suisse, par exemple. L’UE va se faire prier, évidemment mais les économies sont tellement imbriquées qu’il est presque impossible de refuser. Bien sûr, David Cameron a été contraint de démissionner, mais ça, c’est bien de sa faute tant il a profité de la vague anti-européenne pour son propre bénéfice politique, alors qu’il souhaitait rester en Europe.
    Eh oui, ce genre de choses a des conséquences, d’autant qu’en Europe, les mesures prises pour accommoder la Grande-Bretagne énervaient pas mal de monde, même si, sur les derniers temps, sentant le vent de la panique souffler, bien des concessions ont été concédées dans la précipitation.
    Las, cela n’aura pas suffi. Alors, conséquences, donc. Pour la Grande-Bretagne, les plus optimistes tablent sur une instabilité passagère de la monnaie – la livre sterling a déjà perdu 11 % de sa valeur en une nuit, instabilité, disent-ils qui ne sera pas nécessairement défavorable aux exportations néanmoins. Et pour le reste, une renégociation du statut avec l’Europe dans le même temps que le Commonwealth reprendra de sa force, donc moult échanges notamment avec l’Inde. Bon, je ne vous cache pas que d’autres économistes craignent daba un krash de la City qui serait dévastateur et la Banque d’Angleterre se dit déjà prête à injecter massivement des liquidités pour éviter la crise – pas moins de 250 milliards de livres sterling. Pas sûr que ça suffise, mais bon… Côté politique, le scrutin, très suivi, a également été marqué par une polarisation très nette, avec l’Ecosse votant massivement pour rester, la Grande-Bretagne et le Pays de Galle votant massivement pour partir. Dès lors, un second référendum d’indépendance écossaise devient presque inévitable et il est plus que probable que cette fois-ci, l’Ecosse partitionne. De là à craindre une instabilité pour un Royaume de moins en moins uni, il n’y a qu’un pas, que pas mal de politiques anglais pressentent. L’Irlande du Nord, qui a aussi voté pour rester dans l’UE, parle déjà de réunification avec l’autre Irlande européenne, partition possible, encore. Bref, à leur tour, c’est aux politiques anglais de supplier…
    Côté européen, tout le monde craint l’effet domino. Et en effet, un peu partout, les eurosceptiques commencent à exiger de pouvoir voter, eux-aussi, une sortie d’une union qui ne fait plus rêver grand-monde. Certains responsables européens parlent même de crise de l’Occident dans son ensemble. Seul Jean-Claude Juncker se dit optimiste et pense que l’Europe va s’en remettre.
    Mais j’ai appris une chose, en me trompant si lourdement : le refus de consentement est total et il n’y a pas de retour à la raison et au business as usual dans ces cas-là. La crise systémique économique, sociale et politique qui a fragilisé les institutions démocratiques européennes vient d’aboutir à une crise qui fait que demain ne ressemblera en rien à ce que les uns et les autres, eurosceptiques ou rêveurs fédéralistes avaient imaginé.

  • Le Venezuela au bord du gouffre

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 14 juin 2016.

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    Et ce matin, on va parler d’un sujet brûlant mais un peu passé à la trappe ces derniers temps, le Venezuela. Parce que la crise continue très fort, là-bas. Mais entre tuerie ici et coupe d’Europe de Football là, Brexit et contestations sociales en France, menace Podemos et poursuite de Daesh, bah, l’Amérique Latine, comment dire ? Oui, c’est pas ce qui nous préoccupe en premier lieu, c’est logique.
    Pourtant dans le son du silence médiatique, le Venezuela continue à vivre une situation d’exception aux conséquences terribles. On ne va pas revenir dessus, vous le savez : la chute des prix des matières premières et notamment du pétrole, ajoutée au bras de fer entre les fonds vautours américains, les industriels et les banques d’un côté et le président chaviste Maduro de l’autre a mené le pays au bord du gouffre. Inflation gallopante à plus de 700 %, pénuries délirantes, on estime que près de 80 % des produits de base sont désormais introuvables. Là-dessus, rajoutez des coupures de courant de plusieurs heures par jour, décidées par un gouvernement qui n’en peut plus d’essayer de faire des économies… Forcément, tout cela n’amène pas à la paix sociale, alors que les gens protestent dans la rue devant des supermarchés fermés et utilisent les réseaux sociaux pour échanger des denrées vitales et des produits de soins.
    Alors évidemment, le président Maduro est dans la tourmente, avec une opposition de droite, solide du fait de sa victoire législative en décembre dernier, qui lui met sur le dos la responsabilité de l’ensemble de la crise. Et ça marche puisque ce pays traditionnellement de gauche depuis Chavez voit désormais près de 70 % de la population qui souhaite le départ de Maduro, selon les sondages. Et justement, le Conseil National Électoral (CNE) vient de valider une initiative de demande de référendum de révocation du président lancée par l’opposition mais rassemblant pas moins de 1,3 millions de signatures. Désormais, il faut valider les signatures de ceux qui ont demandé la destitution du président par vérification d’empreintes digitales, processus qui devrait avoir lieu entre le 20 et le 24 juin. De là, processus de vérification de la vérification, qui durera jusqu’à fin juillet… Bref, bon an, mal an, Maduro a annoncé que si référendum il devait y avoir, il n’aurait pas lieu avant 2017. Autant vous dire que cette volonté affichée du président de vouloir gagner du temps, grapiller quelques mois ici et là ne plaît pas vraiment. D’autant que la présidente du CNE Tibisay Lucena, notoirement chaviste, a prévenu vendredi dernier que le processus de destitution serait arrêté en cas de violences. Je cite : «Nous voulons être clairs: la moindre agression, trouble (de l’ordre) ou incitation à la violence entraînera la suspension immédiate du processus jusqu’au rétablissement de l’ordre.» Sauf qu’il y a des émeutes de la faim tous les jours… La coalition anti-chaviste, la Table de l’Unita, Mesa de la unitad ou MUD y voit « une provocation, alors que s’exacerbent les troubles motivés par la faim ». On les comprends plutôt.
    Alors pourquoi temporiser ainsi ? C’est que, si le référendum tourne en la défaveur de Maduro, ce qui ne paraît pas improbable, au vu de la tournure des événements, la résultante sera différente en 2016 ou en 2017. Eh oui, en 2016, élections anticipées, mais à partir du 10 janvier 2017… on se rapproche trop de la fin du mandat et donc, c’est le vice-président, Aristobulo Isturiz qui prend le pouvoir, lequel reste donc entre des mains chavistes. Autant vous dire que cela ne satisfait pas du tout l’opposition. Voilà la situation aujourd’hui : comme vous le voyez, ce n’est pas brillant. Reste une seule question, alors que la révolution paraît pas forcément improbable – ou bien un coup d’état, comment en est-on arrivé là ? L’opposition a beau jeu de répéter partout que c’est là la preuve de l’échec évident d’un des derniers modèles communiste du monde. Il n’en reste pas moins que dans les détails, un certain nombre d’éléments pointent étrangement aussi du côté du libéralisme. Allez, je vais les jeter là, en vrac, histoire d’alimenter le débat : les fonds vautours, déjà, qui ont racheté des dettes vénézuéliennes, les ont gonflés d’autant et maintenant exigent leur remboursement dans des conditions dont on sait qu’elles vont ruiner l’économie. Les industriels, qui jouent le jeu des banques, spéculent sur le cours des monnaies plutôt que d’investir, ferment et refusent de produire. La chute du cours des matières premières, notamment le pétrole qui étonnament, sert fortement les intérêts américains au détriment de pays dangereux pour l’hégémonie US, comme la Russie, notamment, l’Arabie Saoudite et, entre autres, le Venezuela. Bref, rien n’est simple dans ces situations et avec le temps, on se rend compte que bien des manipulations ont eu lieu dans cette amérique latine qui s’enrhume si vite quand les États-Unis éternuent. Les analystes ont parfois de la mémoire, d’autres coups, d’autres pénuries, d’autres manipulations. Il n’en reste pas moins que ventre affamé n’ont pas d’oreille et aujourd’hui, la population, affamée, ruinée, dévastée, est dans la rue.

  • Est-ce la fin du pacte de stabilité?

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 10 juin 2016.

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    On n’en a presque pas parlé dans la presse, alors que tous les yeux se tournaient, en Europe, vers la possibilité d’un Brexit. Vous vous souvenez du pacte de stabilité européen? Mais si… La fameuse limite, la ligne rouge des 3% de déficit public à ne pas dépasser. Bon, en fait, pas mal de pays en sont loin, mais ils ont des objectifs, ils doivent s’en rapprocher. Tout cela est prédit, annoncé par les pays qui savent qu’ils rateront leur cible de plus de quelques points de base et Bruxelles tape régulièrement du poing sur la table. C’est ça, la stabilité européenne. C’est ça qui permet à l’Allemagne de tomber à bras raccourcis sur les pays défaillants économiquement, comme la Grèce. Seulement voilà, là, l’Europe a un problème : juste avant que la Grande-Bretagne ne vote sur le Brexit, l’Espagne et le Portugal ont annoncé des déficits publics délirants pour 2015. Pour l’Espagne, l’objectif en sortie de crise était souple : on tablait sur 4,2% du PIB. Sauf que là, on est à 5,1 %, presque 1 point d’écart. Quant au Portugal, c’est encore pire : on attendait 2,7% du PIB de déficit public et c’est 4,4%. 1,7 point de différence ! Ouhlalala !
    Là, normalement, ça va barder pour le matricule de la péninsule ibérique. Non ?
    Sauf que. Figurez-vous que mi-mai, la Commission européenne a décidé, subreptice, de décaler au mois de juillet la nécessité de statuer sur la mise en œuvre d’un processus de surveillance budgétaire à l’encontre de l’Espagne et du Portugal. Alors pourquoi ? D’abord, parce que ça fait un certain temps que la crise a mis à mal le fameux pacte de stabilité. En 2015, la France est passée à un cheveu d’une sanction mais rien ne s’est passé. Eh oui, la crise… Alors allez reprocher à Madrid, en pleine tourmente politique, vulnérable face à une possible déferlante Podemos, qui pour le coup, fait peur à l’Europe, parce qu’on a l’exemple de la Grèce, de ne pas tenir ses engagements, c’est impossible. Le cas lisboète est différent et plus grave. Ceci dit, comment taper sur le Portugal et pas sur l’Espagne ? Dilemme, dilemme…
    Oui, je sais… Par la bande, je viens de comparer l’Eurozone à la Matrice. Ce n’est pas faux, comprenez-moi. Tout part plus ou moins à vau-l’eau, personne n’est réellement en mesure de moufter sans se dire, gardez-vous à droite la sortie de la Grande-Bretagne, gardez-vous à gauche, l’émergence de partis Sirizesques, ça devient dur de réagir brutalement, comme on devrait, lorsque les états prennent un peu de liberté par rapport à leurs engagements. Ceci dit, le fait même d’assouplir à tout va pose un problème, un problème auto-prédictif, qui plus est : ça fragilise considérablement l’Euro.
    Mais, selon la bonne technique de l’autruche, il suffit d’enfouir bien sa tête dans le sable en attendant que ça passe, histoire de ne pas voir le problème. Et aussi, en espérant que personne ne le remarque trop. Non, parce que, à bien y réfléchir, Mario Draghi, président de la banque centrale européenne, il ne martelait pas à tout bout de champ que le pacte de stabilité, renforcé et renforcé encore, c’était la clé de voûte de l’euro zone ? S’il sautait, tout s’effondrait ? Ah oui, mais selon Jean-Claude Juncker sur le cas français l’an dernier, déjà « la France, c’est la France ». Oui. Et visiblement, l’Espagne, c’est l’Espagne, le Portugal, c’est le Portugal et la Grèce, c’est le pays des mal-aimés.
    Alors comment faire si dura lex sed non vraiment lex ? Qu’est-ce que ça signifie sur la monnaie, sur la structure même de l’euro zone ? Des questions embêtantes, tout de même quand on sait que si beaucoup ont renoncé sans le dire à la possibilité d’une Europe élargie, beaucoup essaient encore tant bien que mal de croire en la possibilité d’une euro zone cohérente, potentiellement fédérale à terme, bref, territoire de l’utopie économique, politique et sociale encore persistante. Pour l’instant, personne n’a vraiment envie de se poser ces questions… On comprend pourquoi, hélas.

  • Les pesticides, ces produits cancérigènes dans nos champs

    Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 7 juin 2016.

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    Et ce matin, on va donc parler de pesticides. C’est que, je ne sais pas si vous avez suivi toutes ces dernières années, la bataille est rude. Le cas des parlementaires européens contaminés au glysophate a fait couler beaucoup d’encre, d’autant que le produit est classé cancérigène probable, malgré le lobbying acharné d’entreprises faisant profession de vendre ces produits, comme Monsanto, par exemple. Et c’est bien de cette firme qu’on va parler, parce qu’il y a deux semaines, elle a refait parler d’elle, lors de ce que la presse a appelé le mariage des affreux : son rapprochement probable avec Bayer, le labo pharmaceutique. Les caricaturistes s’en sont donnés à cœur joie, avec des formules acerbes du type : l’alliance idéale, l’un rend malade, l’autre fabrique les médicaments pour soigner, etc. Bref, on peut dire que Monsanto, contre qui a lieu une marche mondiale tous les ans, qui s’est déroulé il y a quoi ? Trois semaines, peut-être ? C’est un peu le grand méchant de tous les grands méchants qui se moquent de notre santé, quoi.
    Faut dire que l’entreprise a une histoire sulfureuse. De son fameux agent orange ayant fait l’horreur de la guerre du Vietnam au scandale des PCB, (comme dans polychlorobiphényles) lesquels ont fini par être interdits dans les années 80 jusqu’à son produit phare dans les pesticides, le Roundup au glyphosate, justement…
    Ceci dit, rendons justice à Monsanto, leur truc à eux, qui fait 70% de leurs revenus, ce sont les semences transgéniques. Et s’ils sont devenus le symbole de toutes les multinationales pourries du secteur, ils sont loin d’être la première. Tenez, Bayer, dont on dit qu’il pourrait les racheter, fait pas moins de 22% de ses revenus dans les pesticides, déjà. Eh oui, ça n’est pas qu’un labo pharma. Ça n’est pas non plus que le sulfureux producteur du Zyklon B (et hop ! Point Godwin atteint… Trop facile avec un sujet pareil). C’est aussi le producteur de pesticides néonicotinoïdes qui tuent les abeilles et pas mal d’autres choses nécessaires à la survie humaine, à dire vrai.
    Oui, ben ça, c’est un peu fini, si vous voulez. En Chine, aux États-Unis, de plus en plus, des apiculteurs spécialisés vendent à prix d’or leurs bestioles pour permettre la pollinisation de champs dont les pesticides tueront en un rien de temps les Maya importées. Quand on n’en est pas carrément à de la pollinisation manuelle. Oui, j’vous dis pas le boulot. Bref ! Tout cela n’empêche pas le business de la mort au kg/ha de se développer, avec tout plein d’entreprises faisant tout plein de rapprochements, qui plus est. Comme Syngenta, par exemple, premier producteur mondial de pesticides, qui, à la suite d’une dévaluation boursière s’est fait racheter par ChemChina. En décembre dernier, c’était DuPont et Dow Chemicals qui annonçaient leur fusion. Alors est-ce à dire que le marché va mal ? Eh bien oui et non. C’est-à-dire qu’on utilise de plus en plus d’OGM et de pesticides dans le monde, y compris, on va en parler, au Maroc, cependant, les aléas du cours du dollar et de la crise économique affectant le secteur agricole a fragilisé quelque peu nos géants, qui ont donc besoin encore plus de nous convaincre que leurs produits sont bel et bien bons. Tenez, par exemple, puisque c’est avec cette substance qu’on a commencé, le glysophate, l’Union Européenne devait statuer sur son interdiction. D’où le coup de l’urine parlementaire testée par un groupe d’activistes, d’ailleurs. Mais la décision a été une fois de plus repoussée sine die.
    Pourtant, de fait, les preuves s’accumulent contre les pesticides. Du coup, au Maroc, un comité de pilotage intitulé « Élimination des pesticides obsolètes et mise en œuvre du programme de gestion intégrée des ravageurs et des pesticides au Maroc » a été mis en œuvre en mars 2015, rassemblant l’Office National de Sécurité Sanitaire et Alimentation et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. En février dernier, nous en étions déjà à une seconde réunion, visant à progressivement interdire les pesticides les plus dangereux et, en premier lieu, les pesticides obsolètes, puisque de nombreux stocks de vieux, parfois très vieux pesticides, périmés depuis longtemps, absolument pas aux normes, continuent de poser problème. Mais ce n’est pas tout : trois pesticides, dont le glyphosate mais aussi le diazinon et le malathion sont dans le viseur. Ainsi, l’index phytosanitaire de l’ONSSA nous informe aujourd’hui qu’officiellement, ces trois substances ont disparue ou presque des produits commercialisés et importés au Maroc. D’ailleurs, le Maroc est régulièrement classé parmi les pays les plus verts de la région. Sauf que…
    Si l’Afrique ne représente pour le moment que 4% du marché mondial des pesticides, l’OMS souligne qu’au moins 30% des produits commercialisés sur notre continent sont hors normes. Je rappelle que les trois substances que je viens de nommer sont elles, aux normes tout en étant quand même classées cancérigènes probables, ce qui signifie qu’une part non négligeable, si ce n’est la majorité des pesticides, souvent importés un peu par la bande, sont probablement dangereux, très dangereux. Et comme en plus, ici, nous avons un problème de formation des agriculteurs qui ne maîtrisent pas encore très bien les techniques liées, les risques sanitaires, pour eux comme pour les consommateurs sont multipliés, hélas…