Débattre contre des moulins à vent

Chronique Le Monde des Bisounours diffusée dans Les Matins Luxe sur Luxe Radio, le 30 mars 2018.


Je ne sais pas si c’est d’avoir la chance d’être dans ce studio en si bonne compagnie, mais je vais vous dire, quand je vois le niveau du débat général – si tant est qu’il y en ait ! je ne comprend pas, mais alors, vraiment pas. Tenez : en France, l’avenir entier, non seulement d’une profession mais encore de l’idée même d’un contre-pouvoir vient d’être paresseusement enterré par 46 voix contre 20. 46 contre 20 !!! Je veux dire, personne n’a ne serait-ce que fait mine de jouer… alors que tout pouvait se faire au niveau de l’adaptation d’une directive européenne inique – elle-même jamais vraiment discutée, qui aurait pu être utilement limitée par l’adjonction de quelques garde-fous !

Toujours en France, on tue une vieille dame réchappée de la Shoah, parce qu’elle était juive et Sarkozy donne des interviews sur la plus grande télé française à peine sorti de garde à vue. Je ne sais pas comment la France, toujours elle ! peut payer les factures télécom de l’armée tchadienne et ne surtout pas trop commenter un changement de constitution dont personne n’a le texte et qui sera voté par référendum… Ne rassemblant que les Grands Electeurs ! Je ne comprend pas qu’on se demande sérieusement s’il y a une culture milléniale purement arabe non plus, à dire vrai, surtout quand on pense que pendant ce temps-là, au Maroc, la question du jour est de savoir si une énième jeune fille filmée a été violée ou non. Par contre, on ne se demande pas pourquoi c’est quand la vidéo sort et pas quand la jeune fille est agressée que l’on prend des mesures. Et tous ces débats-là, c’est rien que ceux du jour, pour ceux qui n’auraient pas suivi. Voilà, c’est ça, dont on parle ce matin, et tous les autres matins, pas un tour du monde exhaustif de toutes les aberrations des temps, hélas ! Enfin, Sarko et la vieille dame – Mireille Knoll, paix à son âme, c’est moi qui les ai rajoutés, sans doute par sentimentalisme envers mon pays d’origine.

Non, je ne comprend pas comment on en est là et quoi faire exactement pour en sortir. Je ne sais déjà pas très bien combien de temps mon métier sera praticable, non seulement ici, mais partout dans le monde, alors… Pensez si j’ai des solutions ! Ce que je sais, c’est que cette lente agonie du dire, coincé entre l’assourdissant silence de ceux qui déterminent nos vies et le verbiage délétère de la rumeur en réseau est significative. Chaque fois que je crois que le débat ne sert à rien – autant se battre contre des moulins à vents, je me souviens que la parole est créatrice, le Verbe porteur d’espoir et le droit de parler jamais acquis. Plus que jamais, je crois en la nécessité des lanceurs d’alerte, des pensées dissidentes d’une doxa perdue dans sa propre novlangue et du débat, de cette confrontation d’humains qui, à plusieurs, se découvrent des idées qu’ils n’auraient jamais pu concevoir seuls.

Je crois en vous, qui m’écoutez tous les matins et que je sais là, avec moi, quand je vous parle. Vous à qui mon graou parle intimement de sujets bien plus grands que nous, mais qui nous concernent et que nous allons devoir changer ensemble, pour vivre mieux. Je crois en nous, l’humanité, pour trouver une solution. Parce que alors quoi ? Si le pire advenait et que réellement, nous allions, comme tout semble porter à le croire, dans le mur, ce ne serait pas d’avoir eu tort qui serait le pire, vous ne pensez pas ? Autant essayer. Oui, je crois au débat, au dire respectueux des autres et qui n’hésite pas à confronter ses idées sans se sentir menacé dans sa fierté ou son identité. Je crois qu’il n’y a pas d’autres voix/voies, entendez-le comme vous voudrez, que la culture et pas d’autre avenir que l’humain pour nous sauver.